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Re: Gustave COURBET le Lun 4 Fév - 1:33
Prométhée
filou
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Un peintre entre en politique
Jamais on n’avait vu en France un acte d’indépendance semblable, écrivit Courbet à propos de son exposition personnelle. Cette remarque, aussi orgueilleuse soit-elle, est fondée en un certain sens. Jamais encore, à Paris, un artiste n’avait pris la liberté de présenter publiquement des œuvres refusées par un jury officiel. Mais la contre-exposition eut peu de succès. La plupart des critiques furent acerbes et le public, rare. Il faut dire que tout à coté, les visiteurs pouvaient admirer des œuvres venues de plusieurs pays d’Europe, y compris d’autres toiles de Courbet. En outre, l’entrée du pavillon Courbet était payante, ce qui était inhabituel.
A la clôture de l’exposition, la toile fut roulée et ramenée dans l’atelier parisien de Courbet qu’elle représentait. Elle ne fut vendue qu’après la mort du peintre, et il fallu attendre 1920 pour que quelques amateurs d’art comprennent qu’il s’agissait là d’un des chefs-d’œuvre du 19ème siècle. Une souscription publique permit alors au Louvre d’acquérir le tableau.
Après l’Atelier, Courbet cessa de montrer sur ses toiles des personnages dont la pauvreté était susceptible de choquer la sensibilité bourgeoise. Mais il resta fidèle à ses convictions socialistes et républicaines. Il en donna la preuve en 1871, l’année néfaste de la défaite française face à l’Allemagne. En Mars, le gouvernement quitta Paris pour se réfugier à Versailles. Le peuple se souleva et proclama la Commune. Courbet, qui avait offert ses services, fut nommé commissaire aux Beaux-Arts. Il organisa la protection des musées et des monuments de la capitale contre la populace, et voulut exposer la colonne Vendôme, ce symbole de domination impériale, avec les guenilles mortes de l’Histoire devant les Invalides. Elle fut finalement abattue.
Les troupes gouvernementales écrasèrent la Commune, fusillant 25000 personnes en une semaine, et Courbet fut mis en prison. Rendu responsable de la disparition de la colonne, il fut sommé de la rétablir à ses frais. Les agents du gouvernement pénétrèrent dans ses deux ateliers et saisirent meubles et tableaux. Courbet se réfugia en Suisse, où il mourut en 1877, aigri et ruiné.
Parmi les personnages qui figurent sur l’Atelier, certains eurent également affaire à la justice. Baudelaire dut défendre au tribunal ses « fleurs du mal », accusées d’obscénité. Proudhon fut condamné à la prison pour ses écrits socialistes. Quant à Max Buchon, un ami d’enfance de Courbet , debout à droite de Proudhon, il dut s’exiler après la révolution de 1848.
Ainsi, cette œuvre majeure du 19ème siècle peut également se lire comme un document politique. Son style, autant que la biographie des hommes qu’elle représente, témoignent du combat que Courbet a mené, avec quelques-uns de ses contemporains, contre les idées et les puissances dominantes de son époque.
Source: Les dessous des chefs-d'oeuvre Volume II aux éditions Taschen. Texte de Rose-Marie & Rainer Hagen.













