Connecté en tant que Anonymous. Dernière visite le

Vous n'êtes pas connecté. Connectez-vous ou enregistrez-vous

Aller à la page : 1, 2  Suivante

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas  Message [Page 1 sur 2]

1 Gustave COURBET le Mar 4 Déc - 22:28

Elixir


Nasty Newbie
Bonsoir,

Je voulais savoir si quelqu'un était allé voir au Grand Palais l'expo sur Gustave Courbet?

2 Re: Gustave COURBET le Mer 5 Déc - 14:15

Mara


filou
Elixir a écrit:Bonsoir,

Je voulais savoir si quelqu'un était allé voir au Grand Palais l'expo sur Gustave Courbet?

malheureusement non, mais pour ma part, j'aurais aimé.

Tu l'as vue ???

Je n'apprécie pas tout chez Croubet loin de là, mais une belle expo bien construite sur son oeuvre doit être un délice.

NB : une majorité de sudistes sur ces pages... je pense appréciant Paris (voire adorant Paris dans mon cas), mais pas souvent sur place. Wink
Quand un cannibale mange avec une fourchette et un couteau, est-ce un progrès ? (S. Jerzy Lec)

3 Re: Gustave COURBET le Mer 5 Déc - 16:03

Elixir


Nasty Newbie
Je vais allée la voir.

Comme toi, je n'apprécie pas tout de Courbet mais je pense que ce sera une belle expo.

Je vous raconterai... saut

4 Re: Gustave COURBET le Mer 5 Déc - 18:37

Mara


filou
Très bien, on attend ton avis, donc...

a propos d'expos, il y a aussi, je crois une expo Chaïm Soutine à Paris, je ne sais pas si tu connais et apprécies, mais perso, si je pouvais "monter" à la Capitale, ce serait ma priorité. ok-ok

Au fait, n'hésite pas à donner ton avis, critiquer et ajouter ce que bon te plaira dans la rubrique art. Nous avons lancé quelques sujets, mais évidemment rien n'est clos, et s'il y a un domaine où ça papote dans le coin, c'est bien celui-ci.
Quand un cannibale mange avec une fourchette et un couteau, est-ce un progrès ? (S. Jerzy Lec)

5 Re: Gustave COURBET le Mer 5 Déc - 21:35

Elixir


Nasty Newbie
Non je ne connais pas Chaïm Soutine, mais je vais regarder sur le net pour me documenter.
Si je vais visiter l'expo, je te ferai un petit compte rendu tape tape tape

6 Re: Gustave COURBET le Ven 11 Jan - 16:29

Prométhée


filou
Gustave Courbet
Galeries nationales du Grand Palais


13.10.07 - 28.01.08


L’exposition

Avec 120 peintures, 60 photographies et une trentaine d’œuvres graphiques, cette rétrospective autour de l’œuvre de Gustave Courbet (1819-1877) est un événement ! Elle met en lumière la complexité d’une œuvre protéiforme et de ses rapports avec la représentation du réel et la tradition picturale.

L’exposition réévalue la place de l’artiste dans son époque, offre une analyse inédite de ses liens avec la photographie, donne les clefs de compréhension du discours réaliste des années 1848-1855 et de ses conséquences pour l’histoire de l’art. L’exposition souligne enfin l’influence décisive de l’œuvre de Courbet pour les tenants de la nouvelle peinture des années 1860 et pour les débuts de l’impressionnisme.

L’invention de Courbet
Un ensemble important d’autoportraits de jeunesse, peints ou dessinés entre 1840 et 1855, témoigne de la vision « romantique » de l’artiste, qui se place au centre de son œuvre.

De l’intime à l’histoire
Courbet, fidèle à ses racines, s’inspire de son terroir natal tout au long de sa vie et tout particulièrement pour ses premières grandes toiles. Celles-ci préfigurent ses manifestes artistiques, Un enterrement à Ornans et L’Atelier du peintre. Les Paysages occupent une place centrale dans l’art de Courbet : deux séries consacrées aux grottes et aux vagues sont rassemblées pour la première fois. Ce thème explore les liens avec la photographie contemporaine – avec Le Gray, Le Secq et Giroux notamment.

La tentation moderne
Durant les années 1860, Courbet est au faîte de sa célébrité et devient une référence pour la génération des jeunes artistes de la nouvelle peinture et des débuts de l’impressionnisme. Leurs œuvres le stimulent en retour, notamment autour du portrait et du sujet moderne.

Le nu, la tradition transgressée
Courbet peint ses premiers nus féminins vers 1840. La présentation des Baigneuses en 1853 affirme sa fidélité à la tradition et sa volonté d’un renouveau réaliste. Autour de L’Origine du Monde, fameux tableau peint en 1866, l’ensemble des grandes toiles consacrées à ce thème est exceptionnellement réuni.

Le peintre en chasseur mélancolique
Le thème de la chasse occupe une place particulière, au regard de la peinture d’histoire. L’exposition présente un important ensemble autour des grands formats – L’Hallali du cerf (1866, musée des Beaux-Arts de Besançon), Le Combat de cerfs (1861, musée départemental Gustave Courbet, Ornans).

L’expérience de l’histoire : Courbet et la Commune
Courbet entretient des liens complexes avec la politique. Il s’engage dans l’action à l’occasion du siège de Paris et de la Commune où il préside la Fédération des Artistes. Il paye cher cette implication, notamment la destruction de la colonne Vendôme. Emprisonné, malade, il s’exile en Suisse en 1873. Courbet est désormais un artiste « survivant ». Hormis dans l’Autoportrait à Sainte-Pélagie (1861, musée départemental Gustave Courbet, Ornans), le peintre ne traite pas directement ces événements. La série mélancolique de natures mortes, peintes entre 1871 et 1873, exprime tout son désarroi. L’exposition se conclut sur les trois tableaux consacrés aux Truites de la Loue, métaphores du douloureux destin de l’artiste.

Balthasar Burkhard, photographe suisse, a été invité à exposer, en regard de l’œuvre de Gustave Courbet, plusieurs épreuves de grandes dimensions. Ces œuvres sont présentées dans l’escalier monumental des Galeries nationales du Grand Palais.

Une exposition organisée par la Rmn et le musée d’Orsay avec The Metropolitan Museum of Art, New York, et la Communauté d’agglomération de Montpellier / musée Fabre. Avec le soutien de la Fondation Bettencourt Schueller.

Commissaires
Laurence des Cars, conservateur au musée d’Orsay
Dominique de Font-Réaulx, conservateur au musée d’Orsay
Gary Tinterow, Engelhard Curator in Charge, Department of the Nineteenth-century, Modern and Contemporary Art at The Metropolitan Museum of Art
Michel Hilaire, directeur du musée Fabre de Montpellier

L’exposition sera présentée au Metropolitan Museum of Art du 27 février 2008 au 18 mai 2008 et au musée Fabre du 13 juin 2008 au 28 septembre 2008.

Source: http://www.grandpalais.fr/

7 Re: Gustave COURBET le Ven 11 Jan - 16:32

Prométhée


filou
Elixir a écrit:Si je vais visiter l'expo, je te ferai un petit compte rendu tape tape tape


Alors Elixir, tu en es où avec cette rétrospective?

8 Re: Gustave COURBET le Ven 11 Jan - 16:35

Prométhée


filou
Prométhée a écrit:L’exposition sera présentée au musée Fabre du 13 juin 2008 au 28 septembre 2008.


Mara cela te tenterait-il une journée à Montpellier entre le 13 juin et 28 septembre?

9 Re: Gustave COURBET le Ven 11 Jan - 18:50

Mara


filou
Prométhée a écrit:
Prométhée a écrit:L’exposition sera présentée au musée Fabre du 13 juin 2008 au 28 septembre 2008.


Mara cela te tenterait-il une journée à Montpellier entre le 13 juin et 28 septembre?

héhé, of course !!!

Montpellier c'est à deux pas, j'aimerais assez me forger un avis plus approfondi sur Courbet, que je connais mal et dont je n'apprécie pas toutes les toiles (notamment celles que l'on regroupe autour du thème de la chasse, auquel tu faisais référence plus haut).

Voilà une idée sacrément tentante. ok-ok
Quand un cannibale mange avec une fourchette et un couteau, est-ce un progrès ? (S. Jerzy Lec)

10 Re: Gustave COURBET le Ven 11 Jan - 18:55

Prométhée


filou
Mara a écrit:
Prométhée a écrit:
Prométhée a écrit:L’exposition sera présentée au musée Fabre du 13 juin 2008 au 28 septembre 2008.


Mara cela te tenterait-il une journée à Montpellier entre le 13 juin et 28 septembre?

héhé, of course !!!

Montpellier c'est à deux pas, j'aimerais assez me forger un avis plus approfondi sur Courbet, que je connais mal et dont je n'apprécie pas toutes les toiles (notamment celles que l'on regroupe autour du thème de la chasse, auquel tu faisais référence plus haut).

Voilà une idée sacrément tentante. ok-ok


Rendez-vous est pris.

11 Re: Gustave COURBET le Mar 15 Jan - 21:24

Elixir


Nasty Newbie
Prométhée a écrit:
Elixir a écrit:Si je vais visiter l'expo, je te ferai un petit compte rendu tape tape tape


Alors Elixir, tu en es où avec cette rétrospective?


Et bien pas grand choses... lol. Je n'y suis pas encore allée briques .
Je sais ... il ne me reste que quelques jours Confused Je vais essayer de la faire cette expo!

12 Re: Gustave COURBET le Dim 3 Fév - 21:18

Prométhée


filou


Gustave Courbet : l’Atelier, 1855
Dimensions : 5.98 m x 3.59 m
Peinture à l’huile sur toile
Musée d’Orsay, Paris.

« Grand Format »

Lorsque Courbet commence sa carrière de peintre, le classicisme règne en maître sur la France. Pourtant, dès ses premiers tableaux, il invente un style nouveau, réaliste. Avec son Atelier peint en 1855, il ne se contente pas d’attaquer l’académisme figé, mais revendique aussi un engagement politique.


Un Atelier s’ouvre au monde

Parmi une trentaine de personnages représentées grandeur nature par Gustave Courbet sur ce tableau, celle que l’on remarque la première est la femme nue à la peau clair, debout à coté du peintre. C’est elle qui capte tous les regards, et non le deuxième nu, masculin celui-là, que l’on devine dans l’ombre, attaché à une planche, tel un martyr au supplice.

Pour les contemporains de Courbet – du moins ceux qui étaient familiarisés avec ses idées – ces deux nus ont une signification précise. Le personnage laissé dans l’ombre – un mannequin servant à l’étude des poses et des proportions –, symbolisait pour Courbet la tradition académique, coupée du réel. Lui se préoccupait moins de la tradition que de la réalité, incarnée ici, dans tout le sens du mot, par la femme nue.
Courbet faisait passer le monde réel avant les conventions artistiques. Il lui semblait que les académies ne faisaient que pervertir l’œil, le jeune garçon qui dessine par terre, à droite du modèle, montre ce que l’artiste considérait comme la bonne démarche. Et ce n’est pas un hasard s’il a banni le mannequin de son champ de vision.

Pour Courbet, appartenaient aussi au monde réel les gens qu’on regardait à l’époque comme indignes d’entrer dans le monde de l’art. Les ouvriers, les vétérans réduits à la mendicité, ou encore la femme qui allaite son enfant sans pour autant ressembler à une madone. Courbet les réunit sur la partie gauche de ce tableau aux dimensions imposantes (359 cm sur 598), exposé aujourd’hui au Musée d’Orsay à Paris. Sur la partie droite, il représente des amis, des compagnons de route, des gens qui prennent part à son œuvre. Quant à l’atelier lui-même, il est seulement esquissé. Courbet ne souhaitait pas tant représenter un lieu précis qu’une « allégorie réelle déterminant une phase de sept années de ma vie artistique ».



Dernière édition par le Lun 4 Fév - 1:13, édité 3 fois

13 Re: Gustave COURBET le Dim 3 Fév - 21:28

Prométhée


filou




Une Galerie de contemporains

Ce tableau a été peint en 1855. Sept ans plus tôt, la France était secouée par une révolution : en 1848, les parisiens assaillaient le Palais Royal, obligeaient le roi Louis-Philippe à abdiquer et proclamaient la république. Les combats de rue qui suivirent firent 10000 morts. S’il n’y participa pas l’arme au poing, Courbet était clairement du coté des révolutionnaires et dessina un emblème pour la couverture de l’une de leurs revues éphémères.

Dans sa jeunesse, son grand-père lui avait inculqué des idées antimonarchistes et anticléricales. Courbet l’a peint sur son tableau avec le haut-de-forme et l’habit noir des fossoyeurs, allusion à un autre de ses tableaux de 1849/1850 intitulé Un Enterrement à Ornans. «En 1848, il avait quatre vingt-trois ans », écrira plus tard l’artiste. « Comme il ne pouvait manger sans moi, un jour, en dînant, je lui dis : <Grand-père, nous sommes en république.> - <En république!> répondit-il. <Je t'avertis que vous ne la conserverez pas longtemps, et du reste, vous n'en ferez jamais autant que nous!> » Courbet commentera alors : « Pour moi, ces paroles étaient si blessantes, car à quoi sert la vie si les enfants n’en font pas plus que leurs pères. »

A gauche du tableau figure un vétéran de la Révolution de 1978 : un vieil homme en manteau clair, avec un chapeau qui dissimule ses yeux, et un sac en bandoulière. Né en 1819, Courbet a connu ces anciens sans-culottes dans sa jeunesse. Le fait qu’il en accueille un dans sa galerie personnelle montre à quel point il était attaché à la tradition révolutionnaire de son pays.

L’homme assis prés de ses chiens est un chasseur. (une nouvelle interprétation voudrait faire de ce personnage l’empereur Napoléon III, mais cette version ne nous convainc guère). Courbet était lui même chasseur et il a peint par la suite de nombreuses scènes de chasse. Entre le grand-père et le chasseur se trouve un marchand d’étoffes occupé à vanter ses articles. Pour Courbet, il faut être un tentateur, un affameur de pauvres, pour proposer du drap doré à des gens qui n’en ont pas les moyens. Gustave Flaubert a décrit un personnage analogue dans « Madame Bovary ». Flattant son goût du luxe, il pousse l’héroïne à s’endetter et contribue ainsi à son malheur. Le roman parut en 1857, c’est-à-dire deux ans parés que Courbet eut achevé sa toile.

Tandis qu’un Saltimbanque en costume bigarré contemple l’étoffe d’un air visiblement intéressé, l’ouvrier ne semble pas lui prêter la moindre attention. Les bras croisés sur la poitrine, ce digne représentant de la nouvelle classe des prolétaires porte une casquette à visière qui fait pendant au haut-de-forme bourgeois. A l’époque, les ouvriers sont sans défense, travaillent jusqu’à 14 heures par jour et son mal payés. Ils n’ont pas le droit de se regrouper pour protester, et les grèves locales sont rapidement réprimées.

Cependant, certains intellectuels prennent conscience de la misère des ouvriers et la rendent publique, exigeant des réformes. Parmi eux figure l’écrivain Pierre Joseph Proudhon (1) (1809-1865) qui apparaît sur la partie droite du tableau, dans un groupe situé à l’arrière-plan. On le reconnaît à sa calvitie et à ses lunettes cerclées de métal. Il est l’auteur de la célèbre phrase-manifeste : « La propriété, c’est le vol ».

Pierre Joseph Proudhon (1) : Besançon 1809 – Paris 1865, théoricien politique français, considéré comme le fondateur de l’anarchisme. Dès 1840 dans son retentissant Qu’est-ce que la propriété ?, il montre que seuls la disparition du profit capitaliste et le crédit gratuit mettront fin aux injustices sociales. Ses thèses ouvriéristes et son refus des solutions autoritaires du communisme (la philosophie de la misère,1846) lui valent l’hostilité de K.Marx. Publiciste remarqué (le Peuple, la Voix du peuple), il précise la thématique de l’anarchisme (l’Idée générale de la révolution au XIXe siècle, 1851) et se fait promoteur du fédéralisme politique et économique.



Gustave Courbet : Pierre Joseph Proudhon et ses enfants, 1865
Dimensions : 1.47 m x 1.98 m
Peinture à l’huile sur toile
Musée du Petit Palais, Paris





Gustave Courbet : Portrait de Pierre Joseph Proudhon, 1865
Peinture à l’huile sur toile
Musée d’Orsay, Paris



Dernière édition par le Dim 10 Fév - 11:46, édité 2 fois

14 Re: Gustave COURBET le Dim 3 Fév - 21:51

Prométhée


filou




Une insulte au bon goût

L’Atelier fut rejeté par Proudhon qui ne le trouvait pas assez engagé politiquement. Mais il fut aussi rejeté par les critiques bourgeois, car il ne répondait pas aux critères artistiques alors en vigueur. On considérait à l’époque que l’art devait forger des idéaux et transfigurer le monde, célébrer l’élite – les princes et les grands esprits – et ignorer le commun. Il devait élever le sens moral des motifs religieux et des scènes héroïques, ou encore stimuler l’imagination au moyen de paysages évocateurs ou exotiques, sans toutefois soulever des sujets polémiques.

Fils d’un riche propriétaire terrien franc-comtois, Courbet récusa tous ces préceptes. Ainsi dans son tableau Un Enterrement à Ornans, qui date de 1850, on ne trouve ni douleur pathétique, ni dimension métaphysique de la mort – on n’y voit que de simples villageois, un chien, un prêtre renfrogné et des enfants de chœurs qui s’ennuient.

Ce tableau « réaliste » provoqua un scandale analogue à celui suscité l’année précédente par Les Casseurs de pierres. Le peintre y montre deux cantonniers en guenilles, deux pauvres hères accablés. Les journaux de l’époque s’en gaussèrent et publièrent des caricatures mettant toujours en scène, de façon disproportionnée, les sabots dont l’un d’eux est chaussé. Le gamin devant le chevalet porte aussi des sabots et lui non plus n’est pas vêtu à la mode bourgeoise. Ce personnage est une allusion aux Casseurs de pierres., de même que le fossoyeur rappelle Un Enterrement à Ornans.

Les contemporains de Courbet s’attachèrent moins à ces références qu’à la scène qui se déroule dans l’atelier. Et si leur jugement tenait compte de critères artistiques, il fut aussi influencé par la bien séance bourgeoise. Un critique se déclara indigné par l’enfant debout devant le chevalet et regardant la femme nue. Il dénonça la transgression de plusieurs règles : l’exposition en public d’une personne nue, surtout en présence d’une dame (comme celle qui se tient ici à droite) ou d’enfants, relevait de l’impudence. Mais le comble de l’indécence était atteint lorsqu’une dame voyait un enfant contemplant une dame nue. Dans la société pudibonde du Second Empire, cela était ressenti comme une provocation. Par ailleurs, il faut rappeler qu’au 19ème siècle, dans les villes, alors en plein essor, on commença à séparer rigoureusement les riches des pauvres. Si la noblesse se démarquait par sa naissance, la bourgeoisie enrichie par l’industrie et le commerce se démarquait géographiquement du peuple, en s’installant dans des quartiers distincts. Des personnages comme le « petit mendiant » ou – pour citer le même critique – la « mendiante crasseuse, grasse et indécente » qui donne le sin à son bébé, on ne voulait les voir ni dans la réalité, ni en peinture.

Courbet peignit L’Atelier pour l’Exposition universelle de 1855. Après que Londres eut organisé en 1851 la première de ces grandes manifestations, Paris allait relever le défi et tenter de surpasser l’exposition précédente. Contrairement à Londres, Paris exposa également de objets conçus pour répondre aux besoins des ouvriers et améliorer la situation des plus défavorisés, ainsi que des œuvres d’art. Courbet envoya quatorze toiles, dont onze furent retenues. L’Atelier figurait parmi les œuvres refusées.

15 Re: Gustave COURBET le Lun 4 Fév - 1:33

Prométhée


filou




Salut au poète maudit

Charles Baudelaire (1821- 1867) fut l’un des proches de Courbet entre 1848 et 1855. Le peintre avait fait sa connaissance au moment de la révolution de 1848, alors que Baudelaire participait à la création de la revue radicale « Le Salut Public », dont Courbet dessina l’emblème de couverture. A la fin des années 1840, il fit son portrait assis à une table entrain de lire. Dans l’Atelier, on retrouve Baudelaire dans la même attitude. C’est probablement par manque de place qu’ici, le poète est représenté assis sur la table. Absorbé dans la lecture de son livre, il ne prête pas attention aux autres visiteurs. Il n’a même pas l’air de remarquer la présence du peintre. Il est bien loin, le temps où ils se battaient ensemble pour un avenir meilleur.

Baudelaire a perdu tout espoir dans le progrès. Désormais, il raille les « bons français » qui s’imaginent que le progrès, c’est « la vapeur, l’électricité et l’éclairage au gaz, miracles inconnus des romains », et qui pensent que « ces découvertes témoignent pleinement de notre supériorité sur les anciens ». Il met aussi en garde contre l’espoir d’un progrès en art et dans le domaine social, même si l’on croit en discerner la trace dans le passé. « Mais où est », écrit-il, « je vous prie, la garantie du progrès pour le lendemain ? » Courbet lui oppose la question : « A quoi sert la vie si les enfants n’obtiennent davantage que leurs pères ? » Les deux hommes n’ont visiblement plus grand-chose à se dire.

Ces citations de Baudelaire sont extraites d’un articles écrit à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1855. Il s’y insurgeait contre l’optimisme béat qu’exhalait cette manifestation. Lui préférait célébrer les forces de destructions, de l’autodestruction, la fascination éprouvé e pour la beauté du mal et du néant : « Sous une lumière blafarde / Court, danse et se tord sans raison / La vie, impudente et criarde », écrit-il dans l’un des poèmes des « Fleurs du Mal », dont une première sélection parut la même année, en 1855.

Parmi les femmes que Baudelaire aima d’un amour autodestructeur, figurait Jeanne Duval (1), « sorcière au flanc d’ébène, enfant des noirs minuits,… » Courbet l’avait peinte se contemplant dans un miroir. Cependant, au moment de l’Exposition, Baudelaire en aimait une autre et Courbet fit disparaître de sa toile la belle mulâtresse qui n’apparaît plus que comme un graffiti sur le mur.
D’après ce que nous savons, les femmes n’ont pas joué un rôle majeur dans la vie du peintre. Il ne semble pas non plus qu’il ait eu, comme Baudelaire, des tendances suicidaires. En revanche, il souffrait d’une soif maladive de reconnaissance, difficile à satisfaire, et d’un penchant à la vantardise assez insupportable. Ainsi, dans son Atelier, il se place en pleine lumière, maniant le pinceau d’un geste auguste, entouré d’un public d’admirateurs. Il s’est même représenta de profil – un profil dont il était très fier - , alors qu’il devrait logiquement figurer de dos, assis devant son chevalet.

Il lui semblait intolérable qu’on l’empêche de montrer justement cette œuvre là au public. Aussi demanda-t-il l’autorisation d’organiser sa propre exposition et construisit un pavillon en bois, juste à coté de l’entrée de l’exposition principale. L’enseigne annonçait : « Réalisme. G.Courbet ».

Jeanne Duval (1) : http://baudelaire.litteratura.com/?rub=vie&srub=per&id=5



Dernière édition par le Dim 10 Fév - 11:54, édité 5 fois

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut  Message [Page 1 sur 2]

Aller à la page : 1, 2  Suivante

Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum