par Prométhée le Dim 31 Déc - 22:23
Auteur et dessinateur de Notes pour une histoire de guerre, prix du meilleur album à Angoulême, Gipi est l’un des principaux représentants du roman graphique italien, un art qui commence à susciter la curiosité en Italie Lepetitjournal.com : Quand avez-vous découvert la BD ? Gipi : J’étais tout petit. Je crois que j’ai fait un peu comme tout le monde, en commençant par les Disney, puis les super héros comme Marvel, desquels je me suis détaché vers 14 ans. En Italie, des revues importantes comme Cannibale et Il Male étaient alors naissantes et je me suis passionné pour ces histoires "modernes", dures et actuelles.
Quand avez-vous commencé à dessiner et à écrire des BD ? J’ai retrouvé chez mes parents des dessins qui datent de mes 5 ou 6 ans, sur des feuilles que mon père utilisait pour la comptabilité de son commerce. Ils représentent des scènes d’une BD ayant lieu dans le désert, une intrigue entre des bédouins et la légion étrangère.
Vos BD sont assez noires. Comment voyez-vous le futur ? Etes-vous pessimiste ? Je suis probablement réaliste. Je ressens une certaine souffrance du fait de vivre dans ce système économique et médiatique. Mais je suis aussi inconscient et cela me donne des élans d’optimisme. Même si mes histoires ont un environnement sombre, le fait même de dessiner et de raconter m’apparaît comme une réponse heureuse aux difficultés de la vie, un acte de confiance et d’ouverture.
Quels événements vous ont marqué ? Si vous parlez d’événements "historiques", je ne sais pas quoi répondre. J’ai grandi dans la rue, dans une bande de jeunes toujours à la limite de la délinquance. Je ne me suis pas préoccupé de ce qui se passait dans le monde pendant longtemps.
Que pensez-vous de la BD italienne ? Les lecteurs ont été quelque peu conditionnés, ces dernières années, par une forte production de séries, d’influence américaine, qui ont conquis presque tout le marché. On n’associe pas la BD italienne à des thèmes d’adultes. Mais les choses changent. Les grands quotidiens découvrent avec curiosité le travail de nouveaux auteurs, les grandes maisons d’édition découvrent ce que signifie "graphic novel" (NDLR : lire à ce sujet l’
article).
Vendez-vous plus de livres en Italie ou à l’étranger ? Où êtes-vous le plus connu ? Le marché italien n’est pas comparable au marché français... Je vends beaucoup plus en France. Mais, en Italie, je suis connu pour mon travail d’illustrateur pour La Repubblica. Je l’aborde sous l’angle de la BD, ajoutant des sons et onomatopées dans les dessins. J’espère ainsi habituer le lecteur à la dimension du récit par les images.
Quelles BD lisez-vous aujourd’hui ? Je ne lis pas beaucoup de BD. Je m’intéresse toujours aux productions des auteurs qui me plaisent comme Igort, David B., Sfar, Baru, Corona, Mattotti, Macola, Nanni et d’autres. Mais mon intérêt se porte principalement sur leur manière d’aborder le récit.
Vous avez reçu cette année le prix Goscinny et le prix d’Angoulême. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ? C’est une joie mais aussi une grande préoccupation. J’ai toujours travaillé en ne pensant qu’à l’histoire, sans me demander si elle serait bonne pour tel ou tel éditeur. Je ressens aujourd’hui plus de pression et une forte attente concernant mon prochain livre. Cela m’a paralysé quelques mois. Puis le dessin et l’envie de raconter m’ont fait oublier tout cela et j’avance maintenant avec une certaine sérénité.
Sur quoi travaillez-vous ? S, c’est le titre du livre. C’est un travail vraiment difficile, avec de nombreuses tentatives nouvelles dans la structure et la gestion du temps de la narration. Il s’agit aussi un cheminement douloureux car l’histoire s’inspire de la vie de mon père, de sa vision du monde. Je l’ai commencée peu de jours après sa mort, il y a un an et demi. J’ai ensuite arrêté, c’était trop dur. J’ai repris le récit après un an, j’en ai modifié certains aspects pour le rendre plus léger. Je pense qu’il sera terminé vers le mois d’octobre, si tout va bien et si le dieu du dessin ne m’abandonne pas…
Propos recueillis par CG - LPJ Milan - 23 juin 2006 Interview de Gipi extraite du « petit journal.com » dont le lien est :
http://www.lepetitjournal.com/
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