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1 Re: que lisez vous en ce moment ? le Mer 2 Mai - 10:18

Mara

filou

A chacun son dû de Sciascia est encore meilleur...

En guise de critique, une page que j'ai marquée après une crise de rire d'un bon quart d'heure :




Question :
- Et comment s'appelle-t-elle, cette jeune femme ?
Réponse :
- Je ne sais pas.
Avec les variantes : "je ne la connais pas, je ne l'ai jamais vue, je ne l'ai vue qu'une seule fois et je ne me rappelle même pas" - ceci de 14h30 à 19h15, heure à laquelle, miracle soudain d'un printemps de mémoire reverdie, la femme de chambre se rappela non seulement le nom, mais l'âge, la rue et le numéro, les parents jusqu'au cinquième degré de la jeune fille en question et une infinité d'autres renseignements sur elle.





un film a semble-t-il été tiré de ce bouquin. L'as-tu vu ?

2 Re: que lisez vous en ce moment ? le Dim 6 Mai - 15:32

Prométhée

filou

Mara a écrit:Désolée de cette tardive réponse.
J'ai lu il y a un moment déjà le recueil de "la mer couleur de vin", et en effet, l'ouvrage a répondu aux attentes Wink.
J'apprécie en général les nouvelles quand le recueil est savamment composé, ce qui est le cas ici, c'est ecclectique, fin, toujours surprenant, d'une diversité de ton qui fait vraiment frétiller le neurone. J'adore le genre de la nouvelle, et j'ai vraiment apprécié ce recueil. Certaines nouvelles contiennent des chutes très inattendues, à la limite du burlesque, d'autres sont plus en demi-teinte, mélancoliques ou grinçantes. Bref, un très bon choix m'sieur Prom'.

A chacun son dû de Sciascia est encore meilleur...

En guise de critique, une page que j'ai marquée après une crise de rire d'un bon quart d'heure :

Question :
- Et comment s'appelle-t-elle, cette jeune femme ?
Réponse :
- Je ne sais pas.
Avec les variantes : "je ne la connais pas, je ne l'ai jamais vue, je ne l'ai vue qu'une seule fois et je ne me rappelle même pas" - ceci de 14h30 à 19h15, heure à laquelle, miracle soudain d'un printemps de mémoire reverdie, la femme de chambre se rappela non seulement le nom, mais l'âge, la rue et le numéro, les parents jusqu'au cinquième degré de la jeune fille en question et une infinité d'autres renseignements sur elle.



un film a semble-t-il été tiré de ce bouquin. L'as-tu vu ?


Cela me fait trés plaisir que tu es apprécié les différentes oeuvres que je t'avais proposées de Sciascia.

"La mer couleur de vin", ça fait bien longtemps que je ne l'ai pas relu, je garde cependant un exellent souvenir, de la première nouvelle (il me semble), celle qui a donné le nom à ce recueil et sur laquelle j'ai la chance de pouvoir poser des images, des odeurs, des sons, ayant, moi aussi était la "victime" de ce périple ferrovière. Avec des motivations totalement différentes, j'ai également apprécié, la nouvelle traitant sur l'immigration sicilienne vers les "Etats-Unis", ainsi que celle de la femme d'un homme important (je ne me souviens plus avec exactitudes de sa profession) extrêment brillante dans la manipulation. Par contre j'avais était deçu de la nouvelle traitant de Giufà (personnage appartennant à la tradition populaire sicilienne), car je trouvais que l'on avais perdu le coté populaire et orateur, et que finalement çela hotait toute la dimension orignal et principalement le caractère des aventures de Giufà.

"A chacun son dû", a été pour moi un véritable délice littéraire. Les points forts selon moi sont le scénario qui trés précis et qui pousse l'égnimatique à son paroxisme, sans la moindre longueur, et la narration de Sciascia qui est d'une efficatité redoutable, en raison de sa justesse et surtout de sa clarté. J'ai également beaucoup aimé le personnage du professeur Laurana, qui est un personnage brillant et déterminé en ce qui concerne son enquete, et qui mène avec sa mère une relation compliquée Tout comme j'ai beaucoup apprécié le personnage fatale qu'est la veuve Roscio.
Le passage que tu as choisi, est en effet cocasse, je me souviens également avoir beaucoup rigolé, avec le passage de la jeune fille qui doit se fiancer ou qui vient juste de se fiancer, je ne me souviens plus trés bien, et qui est accusé d'avoir une relation avec le pharmacien, ce qui gènère une confussion monstre entre les deux familles et au sein des familles elles-mêmes.

Le film, je ne l'ai pas regardé jusqu'au bout, j'ai pas réussit, je l'ai trouvé comme tout film qui reprend un livre, trés incomplet, et trés réducteur. Lors du premier quart d'heure je n'ai même pas reconnue l'histoire.

3 Re: que lisez vous en ce moment ? le Mer 9 Mai - 23:44

Mara

filou

Prométhée a écrit:Par contre j'avais était deçu de la nouvelle traitant de Giufà (personnage appartennant à la tradition populaire sicilienne), car je trouvais que l'on avais perdu le coté populaire et orateur, et que finalement çela hotait toute la dimension orignal et principalement le caractère des aventures de Giufà.

Cette nouvelle en particulier m'a interpelée, car le style diffère de beaucoup des autres nouvelles. Je me suis sentie un peu comme devant certains passages des films de Miyazaki : dépossédée d'une grande capacité de compréhension par manque de repères culturels. On sent bien que l'on attaque là un pan important de ce que doit être l'esprit d'un lieu, à travers ses mythes, ces historiettes qui n'ont l'air de rien mais qui créent du lien entre les hommes et la terre, entre les hommes tout court. On sent le point d'achoppement mais le plaisir est manqué parce que l'on n'a pas les clefs.
Concernant cette nouvelle, j'ai pensé, aussi, comme pour toutes les oeuvres traduites mais cela se ressent plus fortement encore dans ce genre de cas, que l'on ne doit pouvoir savourer réellement ce texte qu'en le traversant dans sa langue : la traduction a ses limites. C'est uen évidence, mais ce genre de texte nous le rappelle.
Donc, en effet, cette nouvelle m'est restée assez enigmatique, elle laisse sur sa faim.



Le film, je ne l'ai pas regardé jusqu'au bout, j'ai pas réussit, je l'ai trouvé comme tout film qui reprend un livre, trés incomplet, et trés réducteur. Lors du premier quart d'heure je n'ai même pas reconnue l'histoire.

je souligne, car c'est également une évidence dans bien des cas, mais pas une généralité. A ma connaissance, il existe un film qui "égale" un livre, l'excède même, mais sans rien ôter de la teneur de l'ouvrage : "De beaux lendemains" d'Atom Egoyan, d'après le livre de Russel Banks. Ce sont deux absolues merveilles qui ouvrent à la réflexion concernant l'adaptation cinématographique.
Sinon, pour l'essentiel, je te rejoins, évidemment.

4 Re: que lisez vous en ce moment ? le Mer 9 Mai - 23:48

Mara

filou

Cet après-midi, j'ai enfin lu ce livre, prix Goncourt 2004, qui a eu un important succès et que je regardais avec une certaine crainte (Un roman sur l'Italie profonde, un roman familial qui plus est, voilà un franc défi de mon point de vue tant cela a été fait de façon magistrale par quelques auteurs italiens importants).




Les Scorta vivent pauvrement à Montepuccio, un petit village d'Italie du sud. Leur lignée est fondée sur un viol, donc née dans l'opprobre, mais ils ont fait voeu de se transmettre de génération en génération, le peu que la vie leur laisserait en héritage. En dehors du modeste bureau de tabac familial ils n'ont rien de matériel mais seulement un souvenir, une expérience, une parcelle de sagesse, une étincelle de joie... ou encore un secret. Un secret comme celui que la vieille Carmela confie à l'ancien curé de Montepuccio...

La critique evene


Donner un avis sur ce livre est excessivement difficile. Impossible de critiquer réellement ce livre ni de le louer sans apporter dans le même temps une nuance dans la direction inverse. Et pourtant il est délicat de pinailler quand on est face à une oeuvre qui est manifestement le fruit d'un travail important et sincère, ce qui n'est pas une des moindres qualités de ce livre.



Je l'ai lu d'une traite, ce qui m'est un bon indice de qualité.
J'y ai reconnu une propension à dépeindre le rapport à la terre qui me touche. Les larmes me sont parfois montées aux yeux : une émotion créée par le livre ou le simple écho de ce que je me devais d'y lire, aujourd'hui que ceux de ma terre se meurent, que mes racines chavirent ? Je crains fort que ce livre me touche moins dans quelques jours, que le souvenir ne m'en soit pas impérissable, une fois cette humeur passée. "Que sera sera".

C'est un bon bouquin, mais il y a un "mais".

Pour rejoindre les critiques si élogieuses qui ont été faites sur lui, il faudrait peut-être n'avoir pas lu "les Malavoglia" de Verga, immense chef d'oeuvre à mon humble avis. C'est toutefois une qualité evidente que de parvenir à créer cet écho. "Le soleil des Scorta" vous pose dans la bouche dès la première page le même goût que Zola, Verga, où l'on sent qu'il va falloir se battre pour lire jusqu'au bout une oeuvre qui vous promet la désespérance, une rognure à la légèreté, dont on ne sait jamais - et le risque est grand- si l'on parviendra à s'en extraire et à respirer aussi légèrement une fois le livre clos. Ces lectures laissent des marques.

Un bémol certain à mon appréciation du livre : je n'en ai griffonné aucune phrase sur un bout de papier. Aucune description ne m'a réellement touchée.

On sent en effet la chaleur écrasante d'une Italie que j'ai à peine entrevue, tous les critiques que j'ai pu lire sur ce livre, pointait cela. Mais là encore, un écho se crée, et me prend l'envie de relire "Le traité des saisons" de Bianciotti, une merveille de lourdeur, de temps fané ; ce livre fait de dentelle suintant la poussière, où le tic-tac de l'horloge des heures lentes vous parvient dans une odeur feutrée. "Le traité de saisons" est une ode à la mélancolie, c'est un livre douloureux, mais si l'on tolère de se laisser ôter un bonheur insouciant, le temps d'un livre, si l'on prend le risque de devoir subir cet accro, alors, soeur de lait de cette mélancolie, c'est une poésie inouie qui envahit tout, une odeur de terre, une chaleur, le frôlement d'un tissu : de l'ineffable.

En bref, un bon roman, mais qui laisse un peu sur sa faim... Il faudrait, je crois s'abstenir de lire les critiques très élogieuses pour ne pas être tenté de chercher le bémol. tete1

5 Re: que lisez vous en ce moment ? le Dim 13 Mai - 23:50

Prométhée

filou

Mara a écrit:
Prométhée a écrit:Par contre j'avais était deçu de la nouvelle traitant de Giufà (personnage appartennant à la tradition populaire sicilienne), car je trouvais que l'on avais perdu le coté populaire et orateur, et que finalement çela hotait toute la dimension orignal et principalement le caractère des aventures de Giufà.

Cette nouvelle en particulier m'a interpelée, car le style diffère de beaucoup des autres nouvelles. Je me suis sentie un peu comme devant certains passages des films de Miyazaki : dépossédée d'une grande capacité de compréhension par manque de repères culturels. On sent bien que l'on attaque là un pan important de ce que doit être l'esprit d'un lieu, à travers ses mythes, ces historiettes qui n'ont l'air de rien mais qui créent du lien entre les hommes et la terre, entre les hommes tout court. On sent le point d'achoppement mais le plaisir est manqué parce que l'on n'a pas les clefs.
Concernant cette nouvelle, j'ai pensé, aussi, comme pour toutes les oeuvres traduites mais cela se ressent plus fortement encore dans ce genre de cas, que l'on ne doit pouvoir savourer réellement ce texte qu'en le traversant dans sa langue : la traduction a ses limites. C'est une évidence, mais ce genre de texte nous le rappelle.
Donc, en effet, cette nouvelle m'est restée assez enigmatique, elle laisse sur sa faim.


On est parfaitement d'accord, diffcile de comprendre un conte, qui le cas échéant est une nouvelle, lorsque que le personnage principal, qui fait partie fait partie de la tradition culturelle du lieu, réapparait systématiquement dans les différentes histoires avec des traits et des codes qui permettent de l'identifier, traits et codes qui ne te sont pas données, et qui par conséquence te sont insaissisables. Quelques explications préalables auraient été juticieuses, pour le lecteur non initié aux traditions populaires siciliennes.
Au niveau de la langue Sciascia en choississant logiquement (pour des raisons pratiques évidantes) l'italien se met en meme temps en difficulté puisque les histoires de Giufà, dans la tradition siciliennes, se raconte en sicilien.
Cette nouvelle m'avait paru obscure à l'époque où je l'avais lu, il faudrait que je la relisse.

Je profite de ce post pour t'envoyer, au cas ou cela t'intéresserais, deux trois contes de Giufà:

Giufà et le juge
Un matin , Giufà va ramasser de l’herbe et quand il fait le retour au pays , la nuit est déjà tombée . Pendant qu’il marche , la lune courrait parmi les nuages :tantôt visible , tantôt cachée . Giufà s ‘assied sur une pierre et il regarde la lune courir , tantôt visible , tantôt cachée , et lui lançait tantôt : « Sors , sors donc », tantôt : «Cache toi , cache toi » et c’était sans discontinuer : « Sors-donc ! Cache toi ! » .Il y avait là , à proximité , deux voleurs qui étaient en train de dépecer un veau qu’ils avaient volé , quand ils entendent : « Sors !» et : « Cache-toi ! » , ils prennent peur , des fois que ce soit la justice . Ils bondissent et lèvent le pied , et laissent là le veau volé . En entendant les pas précipités des voleurs , Giufà va voir ce qu’il y a et il trouve le veau dépecé : il saisit son couteau et entreprend lui-même de couper dedans , il emplit son sacs et il s’en va .Une fois à la maison : « Maman ouvre-moi . – Est ce que c’est une heure pour rentrer ? dit la mère .-La nuit est tombée pendant que je portais cette viande . Il faut que demain vous me vendiez tout cela , j’ai besoin de cet argent ». Et sa mère : « Demain tu retourneras à la campagne et moi , je vendrai ta viande ». Le soir du lendemain , quand Giufà revient , il demande à sa mère : « Vous l’avez vendue , ma viande ? –Oui je l’ai vendue à crédit aux mouches . Et elles vont payer quand ? –Dés qu’elles auront de quoi payer ». Pendant huit jours , Giufà attendit que les mouches que les mouches lui apportent ce qu’elles lui devaient . Voyant qu’elle n’en faisait rien , il se rendit chez le juge . « Monsieur le juge , je veux que l’on me rende justice . J’ai donné la viande à crédit aux mouches et elles ne m’ont pas payées ». Le juge lui dit : « Voici mon verdict : dés que tu verras une mouche , tu es autorisé à la tuer ». Et c’est juste le moment ou une mouche va se poser sur le nez du juge , et Giufà de lui assener un coup de poing propre à le mettre en bouillie .

Giufà et ses chers vêtements
Sot comme il était , personne ne s’avisait d’avoir à l’égard de Giufà un geste comme de l’inviter et de lui dire : « Servez-vous donc . » . Une fois , il va dans une ferme , voir si on lui donne quelque chose , mais dès qu’on le voit mal accoutré comme il est , on lui envoie les chiens dessus . Alors sa mère lui procure une belle houppelande , un pantalon et jusqu’à un gilet de velours . Vêtu donc comme un monsieur , Giufà retourne à la même ferme . On lui accueil et on l’invite à prendre place à leur table , puis on le couvre de compliments . Quand on lui apporte les aliments , Giufà , d’une main , se nourrissait , de l’autre il se remplissait les poches et pochettes , et même son chapeau , et il disait : « Mangez , Mangez donc , chers vêtements , c’est vous qui êtes invités , pas moi ! ».

Giufà et la statue de plâtre
Il était une maman qui avait un fils sot, paresseux et mariolle. Il se nommait Giufà . La mère, qui était pauvre, possédait une pièce de toile, et dit àGiufà : « prends cette toile, et va la vendre, mais si tu tombes sur un bavard, ne lui donnes rien du tout. Tu ne l’as donneras qu’à quelqu’un de pas bavard ».Giufà prend la toile et s’en va crier par le pays : « qui achète la toile ? » . Une femme l’arrête et lui dit : « montre-la-moi » . Elle regarde la toile, puis demande : «combien en veux-tu ? –Tu bavardes trop , dit Giufà, ma mère ne veut pas la vendre à des gens bavards » , et il s’en va. Il tombe sur un paysan : «combien en veux-tu ?-dix écus. – non c’est trop ! –bavardez, bavardez : je ne vous vends rien du tout ». Ainsi , tout ceux qui l’appelaient ou s’approchaient de lui , il trouvait qu’ils parlaient trop et il ne voulait vendre la pièce à personne . Il marche et marche , puis passe dans une cour .Au milieu de la cour , il y avait une statue en plâtre , et Giufà lui dit : « tu veux acheter cette toile ? » .Il attend un moment , puis répète : « tu veux l ‘acheter, cette toile ? ».Voyant que nulle réponse ne vient : « oh ! J’ai enfin trouvé quelqu’un qui ne parle pas trop ! Cette fois-ci je lui vendrai la toile ». Et il déroule la pièce tout autour de la statue . « C’est dix écus . D’accord ? Je passerais demain pour prendre l’argent . » et il s’en va .Dès que sa mère le voit , elle lui demande ce qu’il en est de la toile . « Je l’ai vendu .-et l’argent ?-j’irai le chercher demain .-mais c’est quelqu’un en qui on peut avoir confiance ? –c’est justement une femme comme tu le souhaitais : figure-toi qu’elle ne m’a pas dit un mot. » . Le lendemain Giufà va donc chercher l’argent . Il trouve bien la statue , mais le tissu n’est plus là . Giufà dit : « paie-moi donc. ». Et comme il ne recevait point de réponse , il se mettait petit à petit en colère . « Ma toile , tu l’as bien prise , et maintenant tu ne veux pas me la payer ? Eh bien , tu vas voir ! ». Il prend une pioche et en assène un coup à la statue , la réduisant en morceaux . Or à l’intérieur de la statue , il y avait une marmite pleine d’or . Giufà les met dans son sac et retourne chez sa mère : « maman , elle ne voulait pas me donner l’argent , je l’ai corrigée avec une pioche et elle m’a donné ceci .» . La mère perspicace , saisi ce qu’il en est , lui dit : « donne-moi cet argent et surtout n’en souffle mot à personne . » .

Dernière édition par le Lun 14 Mai - 21:26, édité 1 fois

6 Re: que lisez vous en ce moment ? le Dim 13 Mai - 23:58

Prométhée

filou

Mara a écrit:
Prométhée a écrit:Le film, je ne l'ai pas regardé jusqu'au bout, j'ai pas réussit, je l'ai trouvé comme tout film qui reprend un livre, trés incomplet, et trés réducteur. Lors du premier quart d'heure je n'ai même pas reconnue l'histoire.

je souligne, car c'est également une évidence dans bien des cas, mais pas une généralité. A ma connaissance, il existe un film qui "égale" un livre, l'excède même, mais sans rien ôter de la teneur de l'ouvrage : "De beaux lendemains" d'Atom Egoyan, d'après le livre de Russel Banks. Ce sont deux absolues merveilles qui ouvrent à la réflexion concernant l'adaptation cinématographique.
Sinon, pour l'essentiel, je te rejoins, évidemment.


En effet, je te remercie d'avoir repris ma généralisation, emporté par la déception qu'avait pu me procurer, l'adaption de "A ciascuno il suo" (A chacun son dû) de Elio Petri.
J'ai pris bonne note en ce qui concerne "De beaux lendemains" d'Atom Egoyan, et j'espère bientôt pouvoir en reparler avec toi.

Dernière édition par le Lun 14 Mai - 21:28, édité 1 fois

7 Re: que lisez vous en ce moment ? le Lun 14 Mai - 0:04

Prométhée

filou

En ce qui conserne "Le soleil des Scorta" de Laurent Gaudé, on me l'avait conseillé, mais malheureusement je n'ai jamais eu le temps de le lire.

8 Re: que lisez vous en ce moment ? le Mar 15 Mai - 19:30

Mara

filou

Merci pour les contes avec giufa, ça me permet de dégager des constantes à rapprocher de Sciascia. Nous en reparlerons sûrement de vive voix.

Il faut que je me renseigne sur Sciascia : pourquoi n'avoir pas écrit ces nouvelles en sicilien ? Ne le parlait-il pas ou ce dialecte (ou langue ?) n'a-t-il qu'une forme écrite imparfaite ? (n'y vois pas d'insulte, je ne sais pas ce qu'il en est du statut du sicilien dans le langage écrit - je chercherai)
Il aurait rejoint Dante aux parlers si difficiles à traduire semble-t-il.


Concernant les contre-exemples dans le domaine cinématographique, il n'y en a pas tant que cela... En cherchant, ça doit pouvoir se trouver ("le temps retrouvé" de Proust" par raoul Ruiz est semble-t-il, d'après un fin cinéphile de mes amis, une merveille, que je redoute de voir).
Il est plus évident de sourire en évoquant Renaud du haut de ses barricades dans "germinal", LOL

Concernant Gaudé, je pourrai te le prêter.

9 Re: que lisez vous en ce moment ? le Mar 15 Mai - 19:44

Mara

filou

Prise d'un retour d'affection soudain pour le roman, je viens d'achever ce livre de Richard Millet :



La langue de Millet est précise, douce malgré la longueur de certaines phrases -qui pourtant ne pèsent pas-, et infiniment évocatrice.
J'aime ses romans qui parlent d'un sud-ouest que je connais et que j'ai infiniment aimé, dont je regrette la mort lente qu'il est facile d'y constater, puisque ce que j'en aime n'y existe déjà plus, ou trop peu pour qu'on puisse encore en être séduit.
Millet parle très bien de ces terres, dans chacun de ses livres, et l'on comprend à la fois ce qu'il est impossible d'en regretter, ce qui fait fuir, et dans le même temps ce qui faisait le charme de ces lieux. Pas une fois je n'ai eu la sensation en lisant ces romans d'être face à un éloge de cette région, et pourtant l'auteur parvient à nous donner cette sensation, en filigrane.
Millet mêle à mes yeux une forme de rejet de cette vie dure dans les bourgs de campagne, et donne pourtant à en frôler la poésie.

Dans ce roman également, il est question de la terre, mais pas seulement. Il y est aussi question avant tout de la vie amoureuse d'un "laid", de son rapport à sa propre identité, aux autres, aux mythes amoureux, entre autres questionnements offerts.

Dernière édition par Mara le Jeu 28 Fév - 20:43, édité 1 fois

10 Re: que lisez vous en ce moment ? le Jeu 17 Mai - 22:17

Prométhée

filou

Mara a écrit:Merci pour les contes avec giufa, ça me permet de dégager des constantes à rapprocher de Sciascia. Nous en reparlerons sûrement de vive voix.

Il faut que je me renseigne sur Sciascia : pourquoi n'avoir pas écrit ces nouvelles en sicilien ? Ne le parlait-il pas ou ce dialecte (ou langue ?) n'a-t-il qu'une forme écrite imparfaite ? (n'y vois pas d'insulte, je ne sais pas ce qu'il en est du statut du sicilien dans le langage écrit - je chercherai)
Il aurait rejoint Dante aux parlers si difficiles à traduire semble-t-il.


En ce qui concerne la maitrise de Sciascia du sicilien, aucun doute qu'il le maitrisait parfaitement. Mais je pense que l'italien s'imposait à lui, et qu'il ne sait jamais posé la question de savoir s'il allait écrire en sicilien ou en italien. Et pour moi, il a trés bien fait d'écrire en italien. En attendant j'espère aussi que l'on aura l'occasion de rediscuter de tout cela de vive voix.


Mara a écrit:Concernant les contre-exemples dans le domaine cinématographique, il n'y en a pas tant que cela... En cherchant, ça doit pouvoir se trouver ("le temps retrouvé" de Proust" par raoul Ruiz est semble-t-il, d'après un fin cinéphile de mes amis, une merveille, que je redoute de voir).
Il est plus évident de sourire en évoquant Renaud du haut de ses barricades dans "germinal", LOL


"Germinal"... c'était vraiment pas génial, tout comme les adaptations de "la gloire de mon père", et du "chateau de ma mère", que j'avais vu dans un cadre scolaire, et dont je n'ai pas un souvenir fameux.

Mais en ce qui concerne les adaptations cinématographiques des oeuvres de Pagnol, mais aussi celles de Giono, et de Daudet, par le cinéma français des années 30, 40, 50, et 60, là parcontre j'ai de magnifiques souvenirs.


Mara a écrit:Concernant Gaudé, je pourrai te le prêter.

Je te remercie Mara, mais j'ai tellement de retard dans mes lectures, que jamais je n'aurais le temps de pouvoir le lire.

11 Re: que lisez vous en ce moment ? le Dim 13 Jan - 20:59

Mara

filou

microserfs - Douglas Coupland



Roman introuvable en version française, non réédité alors qu'il a connu il me semble un franc succès et continue de tourner grâce au bouche à oreilles. Je bénis Freaks pour ce prêt...

C'est une merveille !!!

Mieux vaut ne pas trop se fier au résumé que wikipédia en offre.

D'emblée, nous entrons dans le monde des "geeks" et autres "nerds", puisque ce roman se présente comme le journal intime d'un employé de microsoft (d'où le jeu de mots du titre qui souligne l'asservissement volontaire des employés à la cause du Big Bill). Du quotidien de l'employé jusqu'à ses goûts vestimentaires, "gastronomiques", feuilletonnesques, langagiers... , le lecteur est emporté dans une fresque digne d'une épopée.
Une histoire prenante, violemment humaine, violemment drôle, et infiniment touchante, ce qui tient du miracle. Douglas Coupland sait créer des personnages profonds dans un univers qui a priori semble froid, désespérément dépourvu de sens.

Un putain de bon roman !

extrait d'une des pages dans lesquelles le narrateur déverse, à intervalles réguliers, le contenu de son inconscient, en manière d'écriture automatique :


Les ingénieurs des eaux et forêts ont laissé le chauffage de la piscine allumé trop longtemps et cette nuit, des vapeurs de chlore flottaient sur les végétaux de la planète, et j'ai imaginé ma chair dans la piscine, chaude et protégée, consciente de la gravité et la défiant, puisque je flottais.
Tu viendrais avec moi, si je te le demandais, tu sauterais dans la piscine sans enlever tes vêtements ? Me laisserais-tu te déshabiller avant de tomber dans l'eau avec moi ?

j'ai peur.


(Vax, si tu passais dans le coin, entraîné par cette citation sur notre ami google, it's dedicated to you... thanks.)
Quand un cannibale mange avec une fourchette et un couteau, est-ce un progrès ? (S. Jerzy Lec)

12 Re: que lisez vous en ce moment ? le Jeu 28 Fév - 20:40

Mara

filou



Je poursuis la saga Malaussène, déjà lue il y a bientôt dix ans, et c'est toujours aussi bon...
Ca ne convient point à toutes les humeurs, mais c'est terriblement drôle quand on a le goût du verbe riche en faux-semblant de désinvolture.

Pas trop envie de vous résumer "l'affaire". Mais c'est à tenter si vous n'avez jamais essayé, en commençant par "Au bonheur des ogres", the first one.

Quand un cannibale mange avec une fourchette et un couteau, est-ce un progrès ? (S. Jerzy Lec)

13 Re: que lisez vous en ce moment ? le Mer 12 Mar - 20:02

Shogun

tokugawa spirit



peu subtil dans l'ecriture, jusqu'ici, fin de panoram des echnge mondiaux, premier chapitre, je dirais que pour le moments, j'apprend quelque systheme de fonctionnement des accors entre communotée economique vis a vis de produits regionaux

ha

un bon marque page et a envisagé

« J'ai connu toutes les formes de déchéance, y compris le succès. »

http:\\basicinstinct.forumactif.com

14 Re: que lisez vous en ce moment ? le Mer 19 Mar - 0:25

Mara

filou

MDRRRRR --> très bien vu, l'aide du doliprane. LOL




Suite au visionnage, il y a plusieurs mois de cela, d'un documentaire (sur Arte, est-il utile de le préciser ?) fort intéressant sur ce bouquin, je viens de me lancer dans sa lecture.
Pour de plus amples infos sur le projet et la vie de Klemperer, voir wikitruc.

Son livre se veut une étude de la "lingua tertii imperii", la langue du 3ième Reich. Dans les faits, c'est un journal centré sur les diverses observations que Klemperer fait de la langue des nazis.

En bref, je dirais que ce livre est passionnant, car il oscille entre observations (parfois fugaces), retranscriptions de conversations entendues par l'auteur entre 1933 et 1947, et tentatives de conceptualisations.
Il est intéressant de voir comment on étudiait la langue dans ces années là (ce n'est parfois pas tout à fait ce que l'on nommerait linguistique aujourd'hui, ça se rapprocherait plutôt de la sociolinguistique), et surtout de constater comment un lettré peut malgré le vol de sa bibliothèque, les pressions, les humiliations, persévérer dans la recherche, l'observation, la distanciation par rapport à ce monde qui l'entoure et veut le noyer.
Point de misérabilisme là dedans, c'est un journal rédigé avec infiniment d'énergie, avec une acuité qui porte les traces des doutes de son auteur, de ses hésitations interprétatives.

Avec toutes mes recommandations. Smile

Quand un cannibale mange avec une fourchette et un couteau, est-ce un progrès ? (S. Jerzy Lec)

15 Re: que lisez vous en ce moment ? le Dim 11 Mai - 13:34

Mara

filou



Etre catapultée en lycée a au moins cela de bon que je peux y emprunter tous les brochés sortis dans l'année et dont je ne parvenais pas à choisir lequel acheter faute de pouvoir les acheter tous... J'adore les poches notamment pour leur tarif... fin bref...

J'avais aimé "les âmes grises" (et n'ai toujours pas vu son adaptation cinématographique, que je redoute un peu) et je dévore celui-ci sans modération.

Le thème du roman traité ici avec infiniment de précaution , de non dits, avec un flou maîtrisé, qui laisse s'installer en filigrane un malaise palpable dans le rythme même de la phrase. Cette capacité qu'ont certains auteurs à créer la voix d'un personnage à travers un style cohérent, un rythme précis, qui fait que l'on entend un accent singulier se former dans notre lecture silencieuse, me fascine et me remplit d'admiration. Brodeck prend corps dès les premières lignes, alors même que son portrait, son histoire sont fragmentaires, fuyants...
J'espère ne pas être déçue par la suite mais pour l'heure, c't'un délice.

présentation des éditeurs :

Le métier de Brodeck n'est pas de raconter des histoires. Son activité
consiste à établir de brèves notices sur l'état de la flore, des
arbres, des saisons et du gibier, de la neige et des pluies, un travail
sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si
ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers
fonctionnent mal, il faudra beaucoup de temps pour que la situation
s'améliore.
«On ne te demande pas un roman, c'est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du
village qui a parlé, tu diras les choses, c'est tout, comme pour un de
tes rapports.»
Brodeck accepte. Au moins d'essayer. Comme dans ses rapports, donc,
puisqu'il ne sait pas s'exprimer autrement. Mais pour cela,
prévient-il, il faut que tout le monde soit d'accord, tout le village,
tous les hameaux alentour. Brodeck est consciencieux à l'extrême, il ne
veut rien cacher de ce qu'il a vu, il veut retrouver la vérité qu'il ne
connaît pas encore. Même si elle n'est pas bonne à entendre.
«A quoi cela te servirait-il Brodeck ? s'insurge le maire du village.
N'as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ? Qu'est-ce qui ressemble
plus à un mort qu'un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner
les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois pas non plus ajouter
de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui
occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu
même si je sens que tu en doutes...» Brodeck a écouté la mise en garde
du maire.
Ne pas s'éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n'existe pas ou ce
qui n'existe plus. Pourtant, Brodeck fera exactement le contraire.


Evidemment, à parcourir les critiques sur le net, on tombe sur un certain nombre de pisse-vinaigres qui trouvent que ce livre, "en comparaison au travail d'H.Arendt" (C'en est pathétique de connerie crasse... et pourquoi pas le comparer au récit de Primo Lévi sur les camps tant qu'on y est ?!? et reprocher à l'auteur d'écrire sur ce thème alors qu'il n'a pas vécu la déportation...) , n'apporte rien.
Je me demande vraiment où ils les trouvent les critiques littéraires de leurs torchons.
Quand un cannibale mange avec une fourchette et un couteau, est-ce un progrès ? (S. Jerzy Lec)

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