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    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 )

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    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Empty Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 )

    Message par Prométhée Jeu 18 Aoû - 20:07

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Rebeyrolle12hl


    Je me demande si je ne pense pas autant à la vie et aux conditions de vie des individus qu'à la peinture.
    Paul Rebeyrolle


    1926 Le 3 novembre : naissance de Paul Rebeyrolle, fils de Jean Rebeyrolle et de Marie Ensargueix, à Eymoutiers (Haute-Vienne)
    1931 Atteint d'une maladie qui nécessite une immobilisation totale, en minerve plâtrée, il passe son temps à dessiner, et ses parents, instituteurs, lui apprennent à lire et à écrire.

    1935-1936 Convalescence et plâtre de marche. Promenades, découverte de la nature et ... de la vie.

    1937 La famille habite maintenant Limoges où les parents de Paul enseignent. Etudes secondaires au lycée Gay-Lussac.

    1944 Il passe son bac philo en juillet et, dès le mois d'octobre, il monte à Paris par "le premier train de la Libération". Il sait depuis longtemps qu'il veut "devenir peintre". De cette adolescence en Limousin, il gardera la passion de la nature, de la campagne, et le sentiment violent que la conquête de la liberté est la nécessité absolue.

    1945-1946 Vivant désormais à Paris, il s'adonne à la découverte de la peinture grâce aux expositions : Soutine à la Galerie de France, Picasso au Salon d'automne, etc...

    1947 Evènement important: le Louvre rouvre ses portes. Le choc est incommensurable, encore maintenant. Tous les dimanches, il profite de la gratuité du musée, qui présente les Vénitiens, Rubens, Rembrandt...

    1950 Voyage en Espagne et en Italie pour visiter les musées. Il participe à des expositions de groupes et à des salons. Il confortera son appétit de liberté dans l'atmosphère qui suit la Libération et la fin de la guerre. Ce goût d'indépendance le porte aussi à refuser l'enseignement des écoles d'art, quelles qu'elles soient : il fait le choix de travailler à l'atelier de Paris et à Eymoutiers, où il séjourne fréquemment.

    1951 Début des expositions particulières de Paul Rebeyrolle

    1953 Marquant son opposition à la propagande d'intensification de la "guerre froide", il adhère au parti communiste. Il le quittera en 1956, en réaction aux évènements de Hongrie et à la duplicité du P.C. face à la guerre d'Algérie. Il symbolise cette rupture dans un grand tableau qu'il intitule A bientôt j'espère. Cette période est également caractérisée par les choix artistiques qu'affiche Paul Rebeyrolle, notamment son rejet de la peinture abstraite et du réalisme socialiste.

    1956 Les dix années qui vont suivre seront consacrées à diverses recherches, et jalonnées par de nombreuses expositions.

    1959 A 33 ans, il réalise à Eymoutiers Planchemouton, un grand tableau commandé par le comité de la première Biennale de Paris pour orner l'escalier du palais des Beaux Arts. Planchemouton est le nom de la grange où il peint ce tableau et celui du ruisseau qui borde l'actuel Espace Paul Rebeyrolle (l'œuvre y est exposée).

    1963 Il quitte Paris et s'installe à la campagne pour y vivre et y travailler, d'abord dans l'Aube puis en Côte d'Or.

    1968 A partir de cette année, les thèmes politiques qui reflètent ses engagements s'inscrivent dans des séries :


    1968 "Guérilleros".
    1970 "Coexistences".
    1972 "Les Prisonniers".
    1973 "Faillite de la science bourgeoise".
    1975 "Natures mortes et pouvoir".
    1980/82 "Les évasions manquées".
    1983 "Le Sac de Madame Tellickdjian".
    1984/85 "On dit qu'ils ont la rage".
    1986 "Germinal".
    1987 "Au royaume des aveugles".
    1990/91 "Les Panthéons".
    1993 "Splendeurs de la vérité".
    1997/99 "Le Monétarisme".
    2000 "Clônes".
    2003 "Clônes et Autophages".
    Ce cycle d'inspiration politique est ponctué par d'autres thème : Nus, Sangliers, Paysages, Grands Paysages, A propos de Courbet, Bacchus.

    2005 Paul Rebeyrolle meurt le 7 février à l'atelier de Boudreville, en Bourgogne, à l'age de 78 ans. Un hommage lui a été rendu le vendredi 11 février à l'espace Paul Rebeyrolle, en présence de sa famille, de ses proches, du Ministre de la Culture et de nombreuses personnalités. Ses cendres ont été dispersées dans le ruisseau de "Planchemouton".
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    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Empty Re: Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 )

    Message par Prométhée Jeu 18 Aoû - 20:28

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Homme20vy

    Homme tirant sur ses liens, 1979 (série "Les Evasions Manquées").
    peinture sur toile, 228 x 195 cm.

    "Homme tirant sur ses liens - Grand Format"

    Aux prisonniers que l’on torture partout dans le monde. Les toiles de Rebeyrolle ne faisant que rarement référence à un lieu ou à un temps précis. Les souliers jaunes sont l’emblème de la liberté ôtée. Pour faire mieux sentir cette réalité du supplice, le peintre inclut des vêtements qu’il représente maculés de sang.


    Dernière édition par le Jeu 18 Aoû - 20:40, édité 1 fois
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    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Empty Re: Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 )

    Message par Prométhée Jeu 18 Aoû - 20:40

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Commerce27wu

    Un Commerce très ordinaire, 1997 (série "Le Monétarisme").
    peinture sur toile, 170 x 170 cm.


    "Un commerce très ordinaire - Grand Format "

    Critique de l'insupportable intégrisme de l'argent dans notre société.
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    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Empty Re: Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 )

    Message par Prométhée Jeu 18 Aoû - 20:50

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Arrierecour21gs

    L'Arrière-cour, 1983 (série "Le Sac de Madame Tellikdjian").
    peinture sur toile, 350 x 340 cm.

    "L'Arrière-cour - Grand Format"

    Rebeyrolle aborde le problème des exilés, des réfugiés politiques et des apatrides qui deviennent les victimes d’exactions en tous genres. Ultime possession qui contient tout ce qui leur reste, ce vieux sac est l’emblème d'une vie, l'histoire d'un vécu.
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    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Empty Re: Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 )

    Message par Prométhée Jeu 18 Aoû - 21:03

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Vitrine29sa

    La Vitrine, 1994 (série "Splendeur de la Vérité").
    peinture sur toile, 230 x 170 cm.

    "La vitrine - Grand Format"

    Le titre de cette série s'inspire ironiquement d'un texte du Pape qui prône des idées sans lien avec la réalité actuelle. Une critique acerbe de la religion.
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    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Empty Re: Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 )

    Message par Prométhée Jeu 18 Aoû - 21:10

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Paysages25ca

    Les Grands paysages, 1978 (série).
    peinture sur toile, 530 x 350 cm.

    "Les grands paysages - Grand Format"

    « J’ai envie que le spectateur ait le sentiment d’être dedans, qu’il ait, comme moi j’ai eu, l’émotion forte de rocher, d’eau qui coule, de mousse, d’épine, etc. J’ai envie que le type qui regarde mon paysage se dise : là, je suis dedans, je suis avec le peintre, je participe »


    Dernière édition par le Jeu 18 Aoû - 21:24, édité 1 fois
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    Message par Prométhée Jeu 18 Aoû - 21:23

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Cyclope34pp

    Le Cyclope - Hommage à Georges Guingouin-, 1987.
    peinture sur bois, 530 x 500 cm.


    "Le Cyclope - Grand Format"

    C'est à un géant de la résistance, son ami Georges Guingouin qu'il a voulu rendre hommage en peignant cette œuvre. Celui, qui, le jour de l'appel du Général de Gaulle, entra en résistance caché dans le maquis pendant deux ans. Tel le Cyclope qui forgeait, dans un trou, les foudres de Zeus, Guingouin forgea une armée de 10000 hommes pour combattre l'occupant et libérer Limoges.
    "LeCyclope" est une peinture importante aux dimensions que le sujet impose. Elle contient tout l'esprit de la peinture et exprime toute l'invention plastique de Rebeyrolle. Que ce soit par la peinture ou les armes à la main, l'important c'est de résister, c'est-à-dire rester debout.
    Cette œuvre appartenant à l'histoire, celle de la résistance en Limousin, elle fût naturellement donnée par Papou et Paul Rebeyrolle à la commune d'Eymoutiers.
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    Message par Prométhée Jeu 18 Aoû - 21:33

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) 39ak1

    Chien Pissant sur son matricule, 1973 (série "Faillite de la Science Bourgeoise").
    peinture sur toile, 160 x 130 cm.

    "Chien pissant sur son matricule - Grand Format"

    D’une société qui oppresse et aliène l’homme, certains refusent le conditionnement et la numérotation, ils protestent et pissent sur cet endoctrinement...
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    Message par Prométhée Jeu 18 Aoû - 21:41

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Monetarisme23ee

    La Fin du Monétarisme, 1997 (série Le Monétarisme).
    peinture sur toile, 290 x 380 cm.

    "La fin du Monétarisme - Grand Format"

    Où Rebeyrolle critique l'insupportable intégrisme de l'argent dans notre société. Ici, les corps devenus presque des spectres semblent fêter la fin du monétarisme autour d'une table d'autopsie. Danse macabre, prise de conscience, espoir et légèreté ?
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    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Empty Re: Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 )

    Message par Prométhée Jeu 18 Aoû - 21:52

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Blaireaux20or

    Deux Dépouilles de Blaireaux , 1993 ( série Splendeur de la vérité )


    "Deux dépouilles de blaireaux - Grand Format"
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    Message par Prométhée Jeu 18 Aoû - 22:03

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) 1976commentseprotgerdesactivit

    Comment se protéger des activités du pouvoir , 1976

    "Comment se protéger des activités du pouvoir - Grand Format"
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    Message par Prométhée Jeu 18 Aoû - 22:09

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) 1982suicideivpaulrebeyrolleii1

    Suicide IV , 1982

    "Suicide IV - Grand Format"
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    Message par Prométhée Ven 19 Aoû - 0:48

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) 1982suicideixpaulrebeyrolle3nb

    Suicide IX , 1982

    "Suicide IX - Grand Format"
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    Message par Prométhée Ven 19 Aoû - 0:53

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) 2002symtriepaulrebeyrolle8kb

    Symétrie , 2002


    "Symétrie - Grand Format"


    Dernière édition par le Ven 19 Aoû - 1:14, édité 2 fois
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    Message par Prométhée Ven 19 Aoû - 0:57

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) 1990prsidentsrielespanthonspau

    Président ( série Les Panthéon ) , 1990


    "Président - Grand Format"
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    Message par Prométhée Ven 19 Aoû - 1:34

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) 1984unebellejournerebeyrolle23


    Une belle journée , 1984


    "Une belle journée - Grand Format"
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    Message par Prométhée Ven 19 Aoû - 1:38

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) 1982suicidevipaulrebeyrolle26k

    Suicide VI , 1982


    "SuicideVI - Grand Format"
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    Message par Prométhée Ven 19 Aoû - 1:53

    extrait d'un article de Franz-Olivier Giesbert - publication Le Point 27/06/03 - N°1606 - Page 110

    [...]

    Mais il est vrai qu'on ne saurait recommander toujours Rebeyrolle aux âmes sensibles. C'est une bête furieuse qui dénonce, hurle et appelle à la résistance, sans reculer devant rien. Ni la profanation ni l'obscénité. Il peint l'effroi plus souvent que l'amour et cherche à rendre, avec une ferveur panique, la mort, les cris, le sang versé. Paul Rebeyrolle ou la révolte permanente.

    Une toile de Rebeyrolle, ça lutte, ça purule, ça baise, ça saigne, ça pisse, dans une accélération de battements de coeur. Sans complaisance dans l'horreur. Car, comme l'a souligné Sartre en son temps, le peintre a toujours la même alacrité « au niveau du travail manuel ». Une générosité débordante, aussi.

    Quand on lui demande les raisons de sa colère, il répond : « Je pense que nous vivons une époque particulièrement tragique.

    - L'Histoire n'a-t-elle pas toujours été tragique ?

    - Sans doute. Mais la condition humaine ne s'arrange pas, au contraire. Nous vivons dans une société autophage où nous passons notre temps à nous bouffer les uns les autres, au nom du pouvoir et de l'argent.

    - Allons, il y a d'autres choses qui font courir l'homme. L'art, par exemple.

    - Vous rigolez ? Aujourd'hui, une toile est un investissement financier, un nouveau mode de spéculation. Ça pervertit tout. C'est pourquoi j'évite les marchands. Ils n'achètent que pour revendre et faire leur culbute. »

    Moraliste, Rebeyrolle ? L'ancien communiste s'insurge contre cette image. Il se considère comme « un peintre naturaliste qui aime la vie et les gens ». Il reconnaît bien volontiers son goût de la provocation et de la dénonciation, qui est sa marque de fabrique. Mais il revendique, aussi, « un amour forcené de la nature, de la matière, des bêtes et des personnes ».

    Il ne faut pas se fier à son regard doux ni à sa voix chuchotante. Il y a quelque chose de pantagruélique chez Rebeyrolle. Son atelier a une hauteur de plafond de 5 mètres, mais on sent bien qu'il étouffe là-dedans. Tout est démesuré chez lui. La fureur. La passion. L'appétit. Les toiles.

    Sa plus grande toile se trouve à Bercy, au ministère des Finances, dans la salle des pas perdus, 7 mètres sur 5. Paul Rebeyrolle n'a peur de rien, surtout pas des grands formats.

    « Avant de peindre, explique-t-il, je fais mes gammes. Des tas de dessins informes, que je jette sur du papier à lettres. Ça me sert, ensuite, à calculer mes formats. »

    Le talent, souvent, c'est l'exagération. Rebeyrolle exagère. Il est de l'école des Hugo, Wagner ou Delacroix. Il prend des risques. Il se met en danger. Il danse sur un fil d'où il peut tomber, à tout moment, dans la grandiloquence, la vulgarité et le mauvais goût. Parfois, il lui arrive ainsi de commettre une croûte.

    A ce mot, Rebeyrolle baisse les yeux. Il y a une ou deux croûtes qui attendent leur heure, sur les murs de l'atelier. Des sortes de grosses BD coloriées. On a de la peine pour elles.

    « Un tableau, dit-il, doit se terminer dans le même geste et la même spontanéité que quand on l'a commencé. Sinon, c'est une croûte, et je la détruis. »

    Il ne travaille pas dans la peine. Il aime dire qu'il peint en rigolant, et insiste volontiers sur son côté blagueur. Il est vrai qu'il a la rage tonique, voire sardonique. Il fait des pieds de nez. Il joue avec les matériaux.

    « Si je peins un chien, j'aime qu'il ait des poils. Je vais prendre du crin. Les serpents ou les lézards, ils seront en paille de fer, dont je fais une consommation qui intrigue ma droguiste. Pour faire un hérisson, je me servirai d'une brosse en chiendent. Quant aux paysages, j'aime bien les terminer avec un peu de vraie terre ou un morceau de bois. Voilà où mène le naturalisme. Je suis un peintre qui peint ce qu'il voit. »

    Mais il voit rouge de la même façon que Goya voyait noir. C'est une sorte de cousin éloigné du peintre du « Sabbat ». On pense souvent au grand Francisco devant les toiles de Rebeyrolle. La même stupeur. La même véhémence. La même ferveur.

    Tout artiste est la créature de quelqu'un. De qui Rebeyrolle est-il l'enfant ? Pas seulement de Goya. Sitôt la France libérée, en 1944, il prend le premier train pour Paris avec l'intention d'y devenir peintre. En remontant le boulevard Raspail, il aperçoit un Rouault qui trône dans la vitrine d'une galerie. Il pose aussitôt sa valise et reste planté devant « cinq bonnes minutes ».

    Il n'a pas fait les Beaux-Arts. Il n'a été l'élève d'aucun peintre. Il s'est construit tout seul, comme il dit. Mais, d'entrée de jeu, il s'est senti en communion avec Rouault, Picasso et Soutine, avant d'accomplir son éducation artistique, des années durant, en passant ses après-midi au musée du Louvre, devant les toiles des grands maîtres : Goya, bien sûr (« J'adore son goût du paroxysme »), mais aussi, dans le désordre, Zurbarán (« C'est au-dessus de tout ce qu'on peut espérer dans la peinture »), le Caravage (« Il peint les bras et les cuisses comme s'il couchait avec »), Delacroix (« J'aime ses délires et ses dos de femme »). Sans parler de Courbet, ou Géricault.

    Du côté des contemporains, Rebeyrolle a un gros faible pour Rothko : « Voilà quelqu'un qui s'engage totalement dans son oeuvre. Il y a chez lui un dépassement absolu, je n'ose dire mystique, un refus total des compromis. J'admire ça. »

    Quand on lui demande quelle est à ses yeux la plus belle toile, il répond, après un moment d'hésitation : « C'est "La descente de croix" du Tintoret. Une sorte de feu de braises, ça brûle les yeux. Mais il y a aussi "Le radeau de la Méduse" de Géricault ou "La femme aux bas blancs" de Courbet. J'appelle ça des tableaux indispensables. Le plus grand des génies ne fait pas des chefs-d'oeuvre tous les jours, mais de temps en temps un tableau indispensable. »

    Paul Rebeyrolle peut aussi balancer. Après un solide repas préparé par sa femme, Papou, ancien modèle d'Henri Matisse, il vous assénera qu'il trouve ledit Matisse « assez ennuyeux », Titien « trop décorateur », ou Giacometti « un peu fadasse ». Il est même capable de laisser tomber, avec une moitié de sourire : « Il me semble qu'on vit une période de grande confusion artistique. On mélange trop de choses, en ce moment. La peinture, la photo, la vidéo. Sans parler du reste. La peinture, on dirait que c'est fini, aujourd'hui. »

    Sauf qu'avec Paul Rebeyrolle elle renaît tous les jours et démontre sa vitalité. C'est encore un secret assez bien gardé. Raison de plus pour en profiter. N'ayez pas peur des tripes qui pendent ou des chiens qui hurlent à la mort. Ils disent tout l'amour du monde d'un des géants de notre temps.
    Mara
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    Message par Mara Dim 28 Aoû - 13:02

    Merci pour ce topic Prométhée. Je ne connaissais pas Rebeyrolle, du tout, jamais vu, jamais entendu parler, c'est dire si l'on passe à côté de beaucoup de choses dans le galimatias artistique permanent.

    C'est intéressant, vraiment. Et violent, en ce qui concerne les toiles aux sujets les plus "durs". Mais cela semble toujours utile, on ne sent pas de "pause" dans ces oeuvres.
    Personnellement, ce sont les deux toiles qui représentent des paysages qui m'ont le plus touchée. Elles représentent bien la violence des éléments, telle que je la perçois en bord de mer, quand on suit les chemins des douaniers par exemple. C'est curieux parce que vraiment, je trouve ces toiles "figuratives", un peu comme si le peintre avait regardé une plage de galets en bretagne, un soir d'octobre, depuis le ciel.

    Les autres toiles me rappellent un peu Bacon dans le ton, et je ne suis pas étonnée que Rebeyrolle ait apprécié Soutine, qui avait le même goût pour les lignes torturées, fracassées. Certains sujets sont traités avec symbolisme (les toiles sur notre rapport à la monnaie par exemple), alors que les toiles sur le suicide est bien plus figurative. Le traitement du décor, très réaliste, renforce le sentiment de malaise je trouve. J'aime beaucoup cette série.
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    Message par Prométhée Lun 29 Aoû - 20:03

    Salut Mara . Merci pour ta réponse .

    En ce qui conserne le " galimatias artistique permanent " , je te répondrais que Rebeyrolle , avant Mars dernier , date a laquelle certaines revues specialisées lui ont rendu hommage , je n'en avais que tres vaguement entendu parler .

    En ce qui concerne le biptyque issue de la serie "les grands paysages", je suis parfaitement d'accord avec toi , face a cette toile , on perçoit pleinement la force des elements , le fracas de l'eau sur les rochers , ... et tout cela doit etre enormement accentué quand on se trouve reellement face a la toile , en raison du format ( 530 x 350 cm ) et de la matiere , matiere que Rebeyrolle utilise souvent dans son oeuvre , et de façon tres juste , comme dans cette derniere .

    Personellement , ce qui m'a tout de suite attiré dans l'oeuvre de Rebeyrolle , ce sont ses toiles violentes , sanguinolantes , a la figuration abstraite . "Homme tirant sur ses liens" , "Comment se protéger des activités du pouvoir " et la serie des suicides , ont ete un veritable coup de coeur plastique pour moi . Cependant , la connotation de ses oeuvres , me derange un peu . Je n'apprecie que tres moyennement ce coté dénonciateur , moralisateur qui semble devoir nous illuminer ... alors certe il s'en defend dans l'article , mais je le trouve peu convaincant , et les connotations par contre elles elles sont bien la . Mais je vais chercher a en savoir plus ...
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    Message par Mara Lun 29 Aoû - 21:08

    merci pour ces précisions concernant le diptique sur les paysages, je n'avais pas prété attention au format. En effet, ça doit être impressionnant.

    quand à l'engagement dont semble faire preuve ses autres toiles, notamment pour leur côté dénonciateur, c'est un pb qui se pose pour pas mal d'oeuvres. Des artistes tels que Picasso s'en sortaient mieux dans la mesure où il était certain d'être entendu.
    Mais Rebeyrolle fait de la "dénonciation" des affres du quotidien, et ça n'a rien à voir avec les énénements historiques, etc. Du coup, c'est assez problématique, car lui comme nous sommes inclus dans un système dont nous acceptons les règles quand nous consommons par exemple, quand le progrès nous rend service, et il parait assez hypocrite de rejeter le reste...
    Ca ne me dérange pas dans la mesure où à force de pointer le doigt sur ce genre de chose (les lois du marché, les échanges pervertis entre les personnes...etc.) on prend conscience de cela, sans pour autant pouvoir lutter contre directement. La prise de conscience nous rend juste un peu moins naifs. La reflexion est un pas vers l'action, qui même minime au quotidien, nous rend moins (excuse moi l'expression) "cons".
    Après, effectivement, cela demande développement, notamment sur la prétention d'un tel message chez ce peintre.
    De mon côté, ce ne sont pas ces toiles qui m'ont le plus frappée, mais c'est un drôle de paradoxe que l'une de ses toiles soit suspendue au plus près de nos organes de pouvoir (ironie magnifique ).
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    Message par Prométhée Mar 30 Aoû - 17:58

    Il est vraie qu'une oeuvre de Rebeyrolle, au ministere des Finances est un choix tres particulier . Il serait interessant de savoir s'il s'agit d'une commande ou d'une acquisition , mais quoi qu'il en soit , il est vrai que cela fais sourire .
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    Message par Mara Mer 28 Sep - 16:13

    Paul Rebeyrolle ( 1926 - 2005 ) Rebeyrolle9fg
    deux créatures, dans la série "les clones"
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    Message par Prométhée Mer 28 Sep - 17:53

    Tres belle oeuvre , je ne la connaissais pas du tout , merci a toi de la partager avec nous Mara ."Clones" est la derniere serie realisée par Rebeyrolle . Cette composition est interessante , la morphologie de l'oeuvre crée un effet de mouvement des plus exaltant. On subit constament le contraste entre les differentes zones , on est captivé par le centre et delicatement repoussé sur l'exterieur par les cotés , on est appaissé par le haut et electriser par le bas . On est toujours dans le registre de la colere si caracteristique de l'oeuvre de Rebeyrolle. Les formes , les elements sont tres subtilement suggerées , ils se devoilent a nous petit a petit . Ce voile sophistiqué nous contraint dans un premier temps a rechercher l'ensemble par l'individualité des elements . Et c'est precisement la , que se crée la distortion dans cette oeuvre entre la globalité et la singularité . On est charmé par la suavité des formes dans leurs individualités , et l'on est surpris par la violence devorante de la globalité .

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