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    la mondialisation en question

    Mara
    Mara
    arnaqueur de haut post


    Nombre de messages : 2019
    Date d'inscription : 10/03/2005

    la mondialisation en question Empty la mondialisation en question

    Message par Mara Ven 22 Sep - 18:42

    Je ne sais pas ce qu'elle est pour vous, la mondialisation, dont le nom m'évoque la pieuvre communiste enserrant le monde sur les images de propagandes que vous avez sûrement déjà croisées sur les manuels d'histoire.

    J'ai rêvé un temps de décroissance, moi qui ne saurais me passer d'internet. Rêvé un temps d'un retour hors des affres de la "mondialisation", la surproduction et son corollaire de sur-consommation étant ce que l'on nous propose comme horizon d'attente, voire d'espoir, au seuil de ce grand mot un peu vide. Ce que ces deux aspects tant vantés font subir à tous les quart-monde possibles, depuis les terres d'autres continents jusqu'au quart-monde de la pensée et de la parole entrevus dans l'amour obsessionnel sans restriction pour le billet vert chez nombre de nos contemporains, a tout du gerbatoire. Comme si on nous faisait avaler le crachoir des tavernes de western à grand coup d'idéaux sur papier glacé. Et le brouet est amer, visqueux, imbuvable. J'en ai vomi les conséquences entrevues dans "le cauchemar de Darwin", rageant sur la bonne conscience à pas cher que s'offre l'Occident à travers ses ONG.

    Et pourtant, quand j'entends les discours de certaines de nos extrêmes, qui fustigent l'Europe et la mondialisation, je ne vois pas dans ceux-ci une alternative séduisante, bien au contraire...
    Je crains la façon dont ils veulent ôter l'Europe au seuil de notre porte, et le monde avec. Cette politique entrevue pue le rance. Je la trouve nimbée, paradoxalement, si l'on imagine la finalité de leurs espoirs, de "soviétisme".

    Le monde qu'ils décrivent, avec toutes les images d'Epinal possibles et imaginables, depuis la femme au foyer jusqu'à l'amour supposé du terroir, n'a pas existé de façon pure, et n'était pas si enviable à mon avis. Rien de plus qu'un mirage de réécriture du passé.
    Mais même si l'on en supposait l'image juste, sa renaissance, je ne parviens pas à la trouver souhaitable. D'une extrême foi envers la mondialisation que l'on renie à juste titre si l'on en considère les écueils, il faudrait passer à l'autre extrême, celle de la porte close ?

    J'ai peur de n'avoir rien compris à leurs discours et de n'être pas assez armée, ni idéologiquement, ni surtout politiquement et économiquement pour pouvoir en juger, je ne vous le cacherai pas. N'hésitez pas à tirer dans le tas, ça n'est qu'un ressenti peu affirmé encore, à creuser, et il y a du débroussaillage à faire d'urgence, je le sais.

    Même si je parvenais à considérer que l'image passéiste que l'on nous offre est juste, ou presque, je ne suis pas certaine que sa renaissance serait souhaitable.

    Ce monde clos de nos campagnes était larvé de violence. Je l'ai vu et éprouvé cent fois en parlant avec le moindre paysan. Dans les yeux de la première fermière venue la jeune femme en elle criait le tiraillement vécu une vie durant entre la peur de l'inconnu et le regret des voyages, des partages avec l'"Autre" sous toutes ses formes, jamais vécus, jamais franchis, à peine entrevus.

    S'ouvrir le monde c'est risquer de pouvoir comparer, et admettre que l'on ne doit son malheur qu'aux choix que l'on s'est refusés. Risquer se rendre compte que l'on aurait pu vivre mieux, ou simplement accepter que notre choix en est un. Devenir un homme de volonté, au lieu d'être celui de peu de foi, celui qui a accepté de prendre le rôle tendu sans même se poser la simple question de savoir si l'on veut tout simplement vivre cela. Je n'ai de mépris pour aucun choix, mais peu d'estime pour ce qui n'en sont pas. Or, dans notre passé, nombre sont ceux qui n'ont pas su qu'il existait un choix à faire, ou ont trouvé plus confortable de ne même pas se le demander. Et c'est encore le cas.

    L'Europe aurait dû se construire sur une ouverture culturelle, ces possibilités d'un ailleurs offert au partage, avant tout autre lien.

    Quitter enfin ces nombrils poussiéreux de terroir qui se seraient voulus, enfermés entre quelques kilomètres, entre deux ou trois vallées, nombrils du monde, représentation close de ce qui pouvait "raisonnablement" se vivre.

    Cette image faussée parce que parcellaire nécessairement, plus encore que l'image du monde que nous entrevoyons, a servi une alliance étrange... D'un côté les phallus érigés en maîtres au milieu des champs de labour, n'ont rien eu à faire pour enserrer les ventres de leurs femmes entre deux horizons restreints. Mais à l'autre bout de la corde, les femmes furent trop heureuses de gagner la constance que nos ventres nous font adorer d'instinct, n'ont rien eu à combattre pour garder près d'elles ces promesses de labour et d'ensemencement régulier. Quelques rivales à votre image ça n'est rien, absolument rien face aux voyages possibles, au charme des foulées à perpétuer, sur d'autres terres, d'autres images, d'autres saveurs.
    [je grossis le trait... j 'ai une image plus belle de la terre et de ceux qui l'habitent, mais pas envie d'en parler ici. Ca, c'est l'image que je lis en filigrane dans les discours de nos extrêmes]
    Pourquoi est-ce que je réduis cette image passéiste au couple ? Parce que c'est bien à cela que l'on nous confine, à la fonction de production et reproduction, si l'on nous propose l'enfermement dans un pays, une terre, en nous ôtant la possibilité d'apprendre à partager avec l'autre et à devoir nous organiser pour pouvoir vivre, sinon avec lui en fait, du moins avec lui en terme d'alliance, de contrat.

    S'allier à deux pas de chez soi sans avoir eu vraiment le choix, j'ai quelques amis qui regrettent le temps où c'était encore possible, où l'on avait la foi parce qu'un horizon bouché était à partager. Mais quelle saveur prendrait-on à cette union aujourd'hui ? elle n'est savoureuse que choisie. Nous savons que le monde est ouvert, à prendre et à parcourir. Faire le choix de s'ancrer dans un terroir plus qu'un autre a du sens si l'on n'a pas pour ambition d'enfemer aussi ceux dont les pas les portent plus loin.

    Je ne passe pas ma vie à voyager, loin de là, et je suis heureuse d'avoir élu un lieu où revenir, mais je ne supporterai pas qu'un homme politique vienne m'expliquer que je dois fournir des gosses à la nation et accepter de cotoyer le premier venu juste parce que je n'aurais pas le droit d'aller porter mes désirs de partage ailleurs. Quant à Le pen, c'est exactement ce qu'il dit des femmes, des échanges en général, "amoureux" ou pas, et c'est avant tout autre chose à moi, à mon petit égoisme que je pense quand je le refuse à un quelconque "pouvoir" de choix sur ma vie.

    La méconnaissance de l'ailleurs passe aussi et surtout par le rejet de tout rapport possible, et la mondialisation pourrait se lire comme une occasion d'apprendre enfin à vivre ensemble, à se partager cette terre si vaste, à apprendre aussi combien elle ne nous appartient pas en propre. apprendre à vivre en dépositaire, en passant.

    L'attitude de rejet de certaines extrêmes est très claire. Car quand les discours prônent la solitude au nom d'une différence irréductible par principe, on ne peut envisager aucun contrat, puisque l'autre n'est qu'autre, et non plus un reflet, aussi, de nous-mêmes, ce qu'il devrait être en même temps qu'une altérité à mes yeux. L'autre et le même.
    Jamais, ou si rarement, entend-t-on des discours qui soulignent ce qui chez l'autre nous parle de nous, souligne un accord possible, autre que commercial.
    Non, il faut foutre à la porte, bien marquer le seuil, réguler les accès demander des garanties, des certificats, et que surtout l'on montre patte blanche. Je n'ai rien contre les frontières, si elles peuvent se franchir et marquent l'entrée en terre d'altérité, alors oui, soient-elles bénies ; mais ce n'est pas de ce genre de frontière dont il est question dans quelques discours extrêmes.
    Il est question de restreindre, d'enclore. A partir du moment où l'on enclot l'avenir dans une image du passé, en esquissant ne serait-ce que l'idée du "c'était mieux avant", on ferme les possibles. Et vous n'avez pas peur de voir les frontières devenir hermétiques avec des discours aussi restreints ? moi oui. Je n'en ai pas peur pour moi, j'en ai peur pour ceux auxquels on me laisse enseigner un peu une langue. Je n'ai pas envie que l'on offre un horizon bouché à ceux qui suivent.
    L'autre est toujours un loup. Oui, il brise la facilité du nombrilisme, c'est évident, il présente un risque. Avec un corollaire de possibles, et ce sont ces possibles qui peuvent représenter autant de richesses.

    A savoir jusqu'où doit nous porter le contrat. Il doit bien exister une terre à explorer, bordel, entre le rejet enfermatoire et l'adoption de tout sans distinction !

    Les extrêmes ne savent parler que de peur. En dernier recours, après avoir présenté les risques, alors oui, elles consentent à dire la richesse d'autres terres et d'autres cultures, à affirmer que fermer notre espace permettra à cette diversité de se conserver et de ne pas se perdre dans un grand tout informe... J'aime entendre ces mots-là. Mais ils arrivent en fin de discours, en formule de clôture, alors qu'ils devraient en être le pré-requis, la formule d'exorde.

    Les discours sur l'Europe, la France, et le monde, sont mal construits, construits à l'envers, à rebours, plus encore dans les extrêms que dans les discours difformes qui leur servent de centre. Où l'on commence par haîr, méconnaitre, se méfier, avant de louer la différence. Toujours regarder l'autre dans ses affres et ses dangers avant d'en célébrer les grâces, ou de simplement dire "je ne comprends pas et j'aimerais comprendre". Attaquer en premier lieu l'autre avant même de reconnaitre qu'on ne sait pas, qu'on a peur, et qu'il va falloir agir en conséquence, en faisant un pas vers le savoir et vers le dialogue.

    Les dirigeants actuels veulent nous noyer dans le "grand tout", au risque de voir se perdre la simple notion d'identité. Mais en alternative à cela, les extrêmes offrent un retour en arrière, un voyage sans espoir de partage, un flot de refus de connaissance de l'autre, et d'apprentissage de l'accord avec lui. Ni l'une ni l'autre option ne me tentent.

    Je ne sais pas trop ce que ce texte confus pourra ouvrir comme débat possible. Je me sens moi-même assez mal affirmée dans mes positions, mais par contre, j'aimerais que l'on me démontre en quoi les extrêmes visent autre chose qu'un passé inexistant, erroné, et dans tous les cas un retour en arrière, vers un temps où l'on ne savait pas à quoi ressemblait la terre à cent kilomètres de chez soi, au temps où ceux qui la parcouraient étaient rares, marginaux, vagabonds.

      La date/heure actuelle est Jeu 7 Juil - 1:15

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