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    Le Crime farpait, de Álex de la Iglesia

    Prométhée
    Prométhée
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    Date d'inscription : 11/03/2005

    Le Crime farpait, de Álex de la Iglesia Empty Le Crime farpait, de Álex de la Iglesia

    Message par Prométhée Jeu 1 Juin - 21:36

    Le Crime farpait, de Álex de la Iglesia Zz9hn


    Le CRIME FARPAIT (Crimen ferpecto)
    Espagne / Italie, 2004

    Genre : Comédie
    Durée : 105 min
    Format du film : 35 mm
    Format image : 2.35
    Couleur
    Production : Panico Films

    Réalisé par: Álex de la Iglesia
    Avec: Guillermo Toledo, Mónica Cervera, Luis Varela, Fernando Tejero, Kira Miró, Enrique Villén, Alicia Andújar, Eduardo Gómez, Javier Gutiérrez, Montse Mostaza, ...


    Histoire:
    Rafael est un séducteur ambitieux. Il aime les belles femmes, les vêtements chics et les ambiances raffinées. Il se sent supérieur aux autres. Il est convaincu qu'un jour, il parviendra en haut de l'échelle. Rafael possède un don. Il est né pour vendre. Il a ça dans le sang. C'est pour cette raison qu'il travaille dans un grand magasin. Le rayon Femme est son royaume. Les vendeuses de parfums sont toutes folles de lui.

    Rafael a un objectif dans la vie. Il veut devenir le nouveau Responsable de son étage. Son principal rival est Don Antonio, un employé de longue date, chargé du rayon Hommes.
    La fatalité du destin fait que Don Antonio meurt accidentellement après une violente dispute avec Rafael. Lourdes, une vendeuse laide, insignifiante et obsessionnelle, est témoin de la scène.
    Consciente de cette occasion unique qui se présente à elle, Lourdes n'hésite pas à faire du chantage à Rafael pour l'obliger, tout d'abord, à devenir son amant, puis son esclave et enfin son mari.
    Rafael est désespéré de voir comment le monde sophistiqué qu'il s'était construit se détériore peu à peu et se transforme en un enfer de médiocrité à cause de cette femme. Au bord de la folie, il élabore un plan pour en finir une fois pour toutes avec Lourdes.
    Cette fois-ci, Rafael ne peut plus commettre d'erreurs. Tout doit être farpait, vraiment farpait.

    Critique : (comme critique j’ai volontairement choisie celle d’un internaute amateur, à la verbe passionné, plutôt que la sémantique diplomatiquement contradictoire d’un initié).

    L'art de placer sa création au-dessus du genre auquel elle semble appartenir

    Rafael est, disons-le d'emblée, une ordure. Un cliché répugnant, une immonde caricature. Rafael, la quarantaine, les cheveux gominés, la barbe naissante étudiée à la perfection, le costume chic, dirige le rayon "femmes" du centre commercial Yeyo's, en plein centre ville. Quasiment tous les soirs, Rafael squatte les cabines de son domaine et fait jouir chacune de ses employées, toutes plastiquement exceptionnellement parfaites. Et, même lorsqu'il se fait surprendre en flagrant délit de faute professionnelle par un veilleur de nuit, il réussit à amadouer le trouble-fête et à se lier d'amitié avec lui. Oui, même les petites gens sans valeur, sans grade, horriblement moches et anodins admirent Rafael ; en témoignent ses deux souffifres, Alonso et Jaime, soumis et condamnés à donner corps et âme au rayon "femmes" du centre commercial Yeyo's, sans même recevoir une once de reconnaissance de la part de leur supérieur. Son système est bien huilé, sa mécanique bien en place : les petits resteront petits, toujours, et les grands grandiront, quoiqu'il arrive, en usant de tous les vices et manipulations possibles. Sans faille. En se faisant la guerre pour arriver en premier tout en haut de l'échelle, tels des Machiavel modernes, des Highlanders en quête de pouvoir et d'unicité. En l'occurence, puisqu'il ne doit en rester qu'un, Rafael se doit de détruire Don Antonio. Don Antonio, l'autre, le concurrent, de l'autre côté de la frontière délimitée par un tapis rouge tape-à-l'oeil, qui sépare le rayon "femmes" du rayon "hommes" du centre commercial Yeyo's. Le rival. Ici, l'art de vendre symbolise l'épée, et le chèque fait office de blessure. Coups d'oeil en coin, regards défiants, démarche provocante. Jusqu'à la fermeture. Jusqu'à la mort ; 19 heures. L'heure de vérité. Observez bien les cheveux impeccablement plaqués et gominés de Rafael : plus jamais vous ne les verrez de la sorte.Si je m'attarde autant sur cette première partie, c'est tout d'abord parce qu'Alex de la Iglesia y fait preuve d'un grand talent de metteur en scène. En effet, alors qu'on pourrait croire, de prim'abord, à une fantaisie vide de sens visant à séduire le public, le point de vue se révèle être en totale adéquation avec le scénario, la forme réflétant élégamment le fond tout en le mettant en relief : Rafael s'adresse à la caméra et expose, non sans humour, son quotidien, son attitude, son travail et ses ambitions, très fier, sûr de lui et on ne peut plus mielleux (excellente prestation de Guillermo Toledo). Ici Alex De la Iglesia, comme à plusieurs reprises dans le film, introduit le spectateur dans l'univers même de son protagoniste, factice et superficiel. Il le place en position d'objet et inverse les rôles. Qui est alors observé ? Qui est scruté, "mis en danger" ? Ce n'est alors plus seulement l'oeuvre qui sera visionnée par un spectateur distant croyant assister à une simple comédie, mais bel et bien les outils et le talent d'Alex De la Iglesia qui nous envahiront gentiment et nous grignoteront les zigomatics. L'art de retourner la situation et de placer sa création au-dessus du genre auquel elle semble appartenir. Et j'applaudis. En second lieu, ce fragment initial mérite grande considération car son traitement détermine et surtout conditionne la suite du film, lui insufflant sens, pertinence et efficacité. En effet, c'est dès la fermeture des portes du centre commercial Yeyo's que l'univers de Rafael commencera à se détertorier, lentement, très méthodiquement, par étapes ; l'inexorable chute dans l'antre d'Hadès est en marche. La défaite, le meurtre, la fuite. Et la soumission, agenouillé aux pieds de cette Lourdes : immonde employée - les cheveux gras, le regard vitreux, le teint laiteux - du rayon "femmes" du centre commercial Yeyo's, qui aura surpris Rafael en flagrant délit d'homicide involontaire sur Don Antonio, son nouveau patron. Amoureuse et possessive, elle lui fournira un alibi s'il accepte de passer sa vie avec elle. C'est donc l'évolution de cette relation placée sous le signe du malsain, du mensonge et de l'hypocrisie que se plaira à mettre en scène Alex De la Iglesia dans la seconde partie de son oeuvre, prenant un malin plaisir à détruire ses personnages (au même titre que dans Mes chers voisins, d'ailleurs) mais également leurs images préconçues, déjà définies dans l'esprit du spectateur lambda (le golden boy impitoyable, la jeune femme repoussante au coeur tendre). En témoigne le sombre destin de Rafael, qui apparaît au final bien plus victime impuissante que bourreau, mais également Lourdes, incarnant à priori le cliché de la jeune femme seule ayant pour unique but de trouver l'amour, la compassion, et qui se dévoilera finalement infâme et tyrannique envers son entourage. Même le final apocalyptique, ayant lieu au sein du centre commercial Yeyo's totalement ravagé par des flammes dantesques (symbolisme lourd et caricatural à l'appui, pour notre plus grand bonheur), vient renforcer ce parti-pris. Jouissif, pertinent et drôle, oui. Mais que vaudrait ce procédé sans une première partie subtile, établissant avec une pertinence rare le personnage haïssable de Rafael et sa réussite sociale ? Le plaisir éprouvé lors des nombreuses touches d'humour noir serait-il aussi fort, séparé de ce segment initial qui distille avec élégance pulsions et fantasmes destructeurs dans l'esprit du spectateur et installe un univers précieux et excécrable, ne demandant qu'à être ravagé ? Sans équivoque possible, c'est dans cette première partie que le talent de Alex De la Iglesia est flagrant. Son grand mérite étant d'avoir su, en quelques plans, conditionner l'efficacité de la suite de son oeuvre, qui assurerait sa réussite à grands coups de gags jouissifs et proclamerait Le crime farpait plus grand film comique de ce début d'année 2005.

    AxelCadieux (axelcadieux@aol.com)

      La date/heure actuelle est Jeu 7 Juil - 1:43

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