Basic instinct

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    Benjamin

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    Message par Prométhée Lun 11 Sep - 2:07

    Benjamin Pochette01xw3

    Dessinateur: Benjamin
    Scénariste: Benjamin
    Coloriste: Benjamin
    Editeur: Xiao Pan
    Traduction française: Gilbert Mijoule
    Parution: le 03 mars 2006-09-06
    Format: 14.5 x 21cm
    ISBN: 2-940380-00-7
    Prix: environ 13.50 €


    Dragon d’Or – Oriental Animation & Comic Competition 2004
    Edition originale publiée en Chine en Octobre 2004 par les Editions des enfants et des femmes du nord / Changchun (Jilin)


    Dernière édition par le Mar 19 Déc - 18:29, édité 1 fois
    Prométhée
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    Message par Prométhée Lun 11 Sep - 2:09

    Préface (par Ma Rong Cheng, président des éditions Tianxia ltd, célèbre maître de la bande dessinée.)

    Depuis que mes bandes dessinées sont publiées en Chine continentale, j’ai eu assez souvent l’occasion de parcourir le pays pour toutes sortes de manifestations. Cela m’a permis d’approcher un grand nombre d’amis continentaux et, peu à peu, de toucher du doigt l’état général de la BD en Chine intérieur. Or, parmi les auteurs, celui que j’apprécie plus que tout autre, celui dont la lumineuse évidence m’a frappé au premier coup d’œil, c’est Benjamin.
    Le style de Benjamin est tout à fait singulier et reflète une personnalité très affirmée. Qu’il s’agisse de la mise en page, du découpage, de la façon de traiter le déroulement de l’histoire, tout, à parts égales, est imprégné d’un charme qui lui est propre. Il suffit de découvrir ses œuvres pour percevoir l’univers très original de sa bande dessinée.
    Il arrive fréquemment que des médias chinois viennent me demander mon point de vue concernant l’évolution de la BD en Chine continentale. Je pense que n’est qu’à la condition qu’apparaissent des auteurs au style personnel aussi affirmé que celui de Benjamin, que la BD de Chine continentale pourra revendiquer son originalité, et traiter d’égale à égale aussi bien avec celle des autres territoires qu’avec l’étranger, en marquant ainsi sa différence.
    Pour l’heure, Benjamin nous propose son nouveau livre Remember. Non seulement je l’en félicite, mais je recommande à tous ce recueil digne de figurer dans votre collection.

    Hong Kong, septembre 2004.


    Dernière édition par le Mar 19 Déc - 18:30, édité 1 fois
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    Message par Prométhée Lun 11 Sep - 2:11

    Benjamin Estcapabledesesouvenirjm5


    Personne n’est capable de voler . Personne n’est capable de se souvenir.
    Mots de passe : souvenirs


    Synopsis :
    Yu Xin, une ancienne auteur de BD ayant renoncé à sa carrière par manque de perspective de la BD en Chine à l’époque, rencontre lors d’un festival, un jeune et talentueux auteur. Portée par son engouement et ses sentiments Yu Xin ne va plus le quitter, découvrant ainsi l’univers de cette auteur et redécouvrant l’univers de la BD contemporaine.

    Postface (par Benjamin en 2004)
    Cette BD, j’ai mis très longtemps à la dessiner.
    J’ai écrit le scénario à l’hôpital, après une chute où je m’étais cassé le bras. Il m’aura fallu quatre mois pour en venir à bout. Je n’ai pas cessé de revenir sur le manuscrit, encore et encore, au point que j’ai failli rater la date limite de dépôt pour le grand concours de L’OACC (Oriental Animation and Comic Competition). Cette BD est pleine de défauts ; par exemple la qualité de certaines vignettes laisse à désirer (malgré de fréquentes retouches)… J’avais déjà dessiné jusqu’au vertige, jusqu’à l’engourdissement, n’étant même plus capable à la fin de distinguer le jour de la nuit.
    J’ai travaillé à ne plus pouvoir rester assis, tant j’avais les fesses endolories, et je me faisais un siège de couverture en laines superposées.
    Je serrais le crayon optique jusqu’à ne plus du tout savoir quels étaient ces fragments que je coloriais. Du dessin je tombais dans le sommeil, d’où je me tirais pour le dessin, les joues humides de la salive des cauchemars. Je m’épanchais sur mes malheurs avec des sanglots dans la voix et radotais devant mes amis, remettant à plus tard, avec des airs de tricheur, le moment de me remettre devant l’ordinateur.
    J’ai finalement compris pourquoi, en Chine, tant d’amis plus doués que moi pour le dessin n’ont jamais percé. Le travail de création est, à vrai dire, trop douloureux, trop pénible. Un auteur de Bandes dessinées ressemble à un martyr révolutionnaires des grottes de Zhazi en zone blanche : la grande valeur au combat ne sert pas à s’en sortir.
    Pendant ce temps, un nombre restreint d’auteurs avait achevé un pavé, puis un autre, et moi, je me crevais toujours à gratter mon historiette de rien du tout. C’est ce qui s’appelle être incompétent, faire beaucoup de bruit pour rien, ou encore être inadapté à l’univers de la BD nationale.
    Cette BD parle de quête et de perte. De fait, on semble voir de la grandeur dans cette quête, mais à bien y regarder, il n’y a que confusion et égoïsme. Il est bien possible que le bonheur réside justement dans ce que l’on méprise et rejette. Les chose perdues le sont à jamais. La vie est aussi médiocre que ça, on ne peut ni les regretter ni les changer. Toute chose possède dans son mystère ses propres règles objectives qui la gouvernent et qu’on appelle « volonté céleste ».
    En la lisant maintenant, je n’aime pas du tout cette bande dessinée, et ce malgré tous les efforts que je lui ai consacrés. J’ai soif de vérité, mais je n’ai su que la vulgariser, lui donner une beauté racoleuse. L’histoire est à moitié vécue, à moitié inventée, pleine de provocations et d’agressivité, à mille lieues de mes expériences vécues d’alors ; ça me fait penser à un combattant au retour du front qui, dans son récit, ferait de la puanteur des cadavres la senteur aurorale des jardins.
    Je suis un menteur ; je ne dis la vérité qu’une fois sur deux.
    S’il y a un lecteur assez futé pour flairer la vérité dans cette histoire, pour humer une sincérité que ma perversion n’aurait pas encore engloutie, ce sera ma plus belle récompense.
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    Message par Prométhée Lun 11 Sep - 2:12

    Benjamin Ltdecetteannelug8


    L’été de cette année-là.
    Mot de passe : souvenirs


    Synopsis :
    Suivi de deux progressions au sein d’une une classe préparatoire pour l’examen d’entrée aux cours spécialisés de l’institut des Beaux-Arts. Le premier parcours est celui du protagoniste, un individu juvénile guidé par son laxisme, le second traite d’un jeune homme très talentueux provenant d’un petit village et n’est abordé qu’à travers la vision du protagoniste.

    Postface(par Benjamin en 2003)
    La période pendant laquelle j’ai dessiné « l’été de cette année-là » est difficile à oublier. Sous ma direction (nullissime), notre atelier en est arriver à couler. Tout le monde ramassait ses affaires, téléphonait pour rentrer chez lui, faisant des plans sur son avenir personnel après la dissolution. Mon plus que frère Gaochang, comme il était arrivé un malheur chez lui, retourna le premier dans son pays, rongé d’angoisse. Il est parti juste à temps car c’est alors que le SRAS (1) a amené la terreur. A cause de lui, plus personne ne pouvait partir. Malgré la dissolution complète de l’atelier, le groupe ne put se disperser. N’ayant nulle part où aller, nous regardions, réunis dans le vaste salon, un téléfilm vulgaire et sans intérêt « Mademoiselle Rose ». Nos sarcasmes étaient bien plus drôles et réussis que son intrigue barbante. C’est au milieu des éclats de rire des téléspectateurs que, assis devant mon ordinateur, j’ai dessiné, dans la douleur, cette histoire. Quand j’étais fatigué du dessin, Wulala m’enseignait le Taijiquan et les exercices à l’épée. Du coup, j’exploitais Agu et Yanzhuo en les forçant à faire le ménage, la cuisine, et à servir deux chats siamois dépourvus de sens moral. Un soir, j’ai reçu un coup de fil de ma meilleure amie. Fiévreuse, elle pleurait sans arrêt dans le téléphone ; elle m’a donné son numéro de compte en banque…Elle voulait me donner tout son argent. Moi, je ne pensais qu’à mourir avec elle ! Personne n’est mort. Nous nous sommes seulement dispersés. L’alerte au SRAS terminée, les autres ont pris le chemin du retour. J’ai fait mes adieux à chacun, d’un geste de la main ; avec un petit sourire, je les ai regardé s’éloigner. Je sais que notre rencontre a été éphémère. Si plus tard il leur arrive de penser à moi, de se souvenir de cette période, ce sera ma plus grande satisfaction. La vie est faite de séparations, mais les disputes finissent un jour par se muer en beaux souvenirs. Par combien de réunions et de séparations devrai-je passer encore, sur la roue des existences, pour être autorisé à vous retrouver à nouveau ? De quelle poussière sera alors formé le monde ? Il n’est pas possibles que nos liens soient déjà cassés, nous sommes si jeunes. Dans la chambre vide, je regarde « mademoiselle Rose », tout seule. Ce téléfilm, dont nous nous sommes moqués pendant un mois, est arrivé à son dénouement devant les yeux d’un homme seul. Qui aurait cru que je le regretterais un peu ?
    « L’été de cette année-là », une fois achevé, a reçu des mauvaises critiques des responsables d’édition. Quoiqu’en disent les autres, c’est une œuvre bien meilleure que n’importe laquelle de mes bandes dessinées, en termes de valeur, de sincérité. Sa lecture me rappelle une tranche de vie inoubliable. Ố mes amis de l’atelier d’alors, je vous aime !

    (1) SRAS = (syndrome respiratoire aigu sévère)
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    Message par Prométhée Lun 11 Sep - 2:17

    Un monde de couleurs :
    Mots de passe : illustrations/essai /commentaire


    Cette partie se compose de 32 illustrations de Benjamin, toutes accompagnées d’un commentaire de ce dernier.


    Benjamin Rememberuneapresmidiparticulirementlourdeetchargederuwx7

    Une après-midi particulièrement lourde et chargée de rumeurs07/2004


    Avez-vous remarqué une chose étrange : les garçons, chez eux, ne portent souvent qu’un pantalon et vont torse nu. Les filles, chez elles, ne portent qu’une chemise et une petite culotte, mais pas de pantalon. Aussi ai-je dessiné une fille restée chez elle, assise sur la terrasse confortable et familière, si apaisante. Derrière la vitre, il y a le grondement de la vie, le temps beau ou mauvais, mais il suffit d’être chez soi pour se sentir aussi bien ; elle peut observer ; et rien ne peut venir la blesser.


    Benjamin Rememberleventjm2

    Le Vent 09/2004


    Voici une des couvertures « fusillées » par TREE, bien qu’elle ait dit qu’elle adorait cette planche, mais parce que « les couleurs étaient de mauvaise augure ».Alors…Ha !Ha ! J’ai voulu dessiner une image qui tiendrait de la musique d’accompagnement d’une scène paroxystique ! J’ai voulu accrocher le regard des gens ! En arrière-plan, il y a la passerelle piétonne qui m’est la plus familière dans Pékin ; mais je n’ai pas réussi à rendre la grâce délicate de la fille… ces derniers temps, les filles que je dessine sont un peu … dodues ! Je ne sais pas pourquoi, mais je reste amoureux de cette fille.


    Benjamin Rememberlignedemtron1bf3

    Ligne de métro n°1 06/2002


    Mes anciens dessins avaient la puérilité de ceux des gosses, les visages des garçons comme ceux des filles, étaient très idéalisés, très simples. Ensuite, j’ai dessiné cette fille ; en considérant l’époque, je pense avoir dessiné ce visage avec grand sérieux. De plus, à première vue, il évoque l’espoir. J’ai remarqué que sur internet, beaucoup de filles l’ont utilisé comme logo pour une tribune de discussion. Dieu bénisse les petites filles sensibles.


    Benjamin Rememberappuidefentredz0

    Appui de fenêtre 05/2003


    Ce dessin présente de trop gros défauts, je suis moi-même gêné de le dire. Je l’ai travaillé très longtemps, son mouvements et sa composition ont été modifiés sans cesse. Un contraste de couleurs aussi éclatant était très simple, mais celui que je suis devenu aujourd’hui ne peut plus le refaire. Aujourd’hui, les couleurs de chacune de mes planches sont devenues troubles, et chacun de mes crayons aussi pesant que de la boue. J’ai fini par perdre la capacité de créer des choses gaies. A ton avis, c’est vraiment miraculeux ? Celui qui dit encore que je suis un dessinateur à la mode, il va m’entendre. On ne peut contester la sincérité que je mets dans chacun de mes dessins. Je suis incapable de dessiner sans elle. Si mes machins paraissent très à la mode, c’est seulement parce que l’artiste que je suis est un type très quelconque !


    Benjamin Rememberetvroumfileletempsbl3

    Et vroum ! File le temps05/2004


    Tant d’années passées en un clin d’œil, fillette devenue demoiselle, il a suffit d’un instant pour que l’enfance se métamorphose en beauté. Je me souviens de Tiajin où je vivais, cet environnement dégradé jusqu’à l’insupportable qui, après tant d’années, est resté le même, si ce n’est que, sur les avenues, les filles les plus belles ont totalement changé d’âge. Les fillettes du début des années 80 allaitent maintenant et se sont déjà retirées du front de la mode. Les nouvelles filles à gueule d’ange des boulevards sont leurs petites sœurs cadettes, maigrichonnes, aux dents de lait, qu’autrefois nous ne jugions pas dignes d’un regard. J’ai dessiné une jeune fille que j’ai moi-même aimée, son tempérament et sa beauté complètement impossibles à transcrire avec un pinceau. J’ai dessiné la verdeur de son âge juste à son plein épanouissement.


    Notes éparses d’un mois de mai #2. Mme Lebon, professeur :
    Je faisais des courses dans un supermarché de Pékin, lorsque je tombai par hasard sur le professeur Lebon. La surprise nous fit sursauter. Il faut dire que je la croyais dans le Nord-Est, et qu’elle me croyait à Shanghaï. Je découvris qu’elle s’était un peu fanée ; elle réalisa que j’avais un peu forci, que je n’étais plus aussi « mignon » que du temps de mes études. Ensuite nous avons bavardé longtemps. D’après ses dires, mon condisciple était déjà devenu un type formidable, une personnalité célèbre dans l’industrie de l’habillement. J’ai ressenti une bouffée de mélancolie, au souvenir des délires de ces années d’université, de mes propres rêves de jupes chatoyantes, tant de souvenirs… Le professeur m’annonça qu’elle venait cette fois-ci à la capitale pour visiter en observateur la « Foire Internationale de l’Habillement ». Le lendemain matin, au réveil, à peine sorti de mon hébétude, je ne pus rien dessiner, et j’ai couru au Parc des Expositions pour visiter cette foire. Le hall n’était qu’un vaste défilé : les marques, les matières, les machines spécialisées, tout cela, qui m’était jadis familier, m’était devenu étranger. Bien d’autres choses, spécialisées à l’excès, m’étaient déjà incompréhensibles. Les jolies filles qui distribuaient des prospectus se sont éclipsées en me voyant. Est-il possible que ma seul apparence m’empêche d’être reconnu comme un « expert » ?


    Benjamin Oeilpp7

    Coup d’œil12/2002


    Dessin inachevé, je ne sais pas ce que je dessinais. A l’origine, il ne devait pas figurer dans le livre, mais TREE lui a donnée une chance. Ha, ha ! TREE a descendu certains de mes dessins, mais elle en a sauvé d’autres en retour…


    Dernière édition par le Lun 11 Sep - 2:23, édité 1 fois
    Prométhée
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    Message par Prométhée Lun 11 Sep - 2:20

    Benjamin : ma vie
    Mot de passe : biographie/essais/photos


    Benjamin Benjaminot9



    Réflexions (par Benjamin)
    Un livre s’achève enfin, solennellement. Le mérité ne m’en revient absolument pas. Sans TREE, je n’aurais jamais rien achevé. Pour moi, elle a planifié, aidé à la promotion, m’a poussé à rendre les manuscrits, a élaboré la conception à ma place… Elle a tout pris en main, alors que je me contentais de lui remettre les BD refusées et poussiéreuses pour qu’elle les arrange à ma place, sans exception. Sans elle, vous ne pourriez pas lire ce livre. Je veux le faire savoir à tout le monde, cette petite jeune fille est un très grand rédacteur en chef, bien plus grande, et de loin, que les dessinateurs de bande dessinée sales et puants que nous sommes.
    Plusieurs années ont passé, en un éclair, depuis le livre précédent. Il me semble que j’ai mûri, que je commence à avoir une vie plus stable, que je ne pourrais plus me mettre en situation d’être fauché, que je ne mangerai plus dans l’inquiétude du prochain repas, que je ne dépenserai plus un centime en pensant au moyen de le regagner. Je ne demanderais plus au monde, fulminant du haut de ma tour d’ivoire, pourquoi il est si peu équitable ; le besoin ne me poussera plus aux louanges flatteuses, je n’étalerai plus mon arrogance aristocratique devant les autres, semant le trouble imbu de moi-même… Je ne pourrai plus agir avec autant de légèreté envers les filles. J’ai vieilli ; je commence à me faner et je m’aigris.
    Plusieurs années ont passé depuis mon dernier livre. Au fond, je n’ai pas réussi à les tirer au clair, même s’il me semble qu’une telle période soit suffisante à un homme pour s’élucider. Les amis qui m’ont soutenu en achetant « One Day » ont déjà grandi et aimé ; les enfants qui autrefois appréciaient mon dessin ont produit depuis des dessins que j’aime à mon tour. Les gens alors en vogue grisonnent déjà et sont devenus laids ; l’adolescence vire à la maturité, au déclin. Zhang Guorong (1) est mort, des tas de blancs-becs ont pris de la couleur. Po Shu (2) a fini par sortir sa troisième compil. Les F4 (3) sont déjà séparés, ils sont finis.
    Quand je pense à ces années, j’ai le cœur vide ; je ne sais pas au bout du compte ce que j’ai bien pu en faire. Il me semble que dans mes expériences répétées, j’ai commis des tas de bizzarreries, abandonnant plusieurs fois la bande dessinée pour finalement y revenir ; il me semble que j’ai bien souvent causé l’inquiétude, le désespoir de tout le monde, que j’ai amené les gens à s’étonner de ce que Benjamin n’était pas encore mort.
    Le Benjamin du livre précédent croyait encore pouvoir transformer le monde, se moquer de certaines choses, en stimuler d’autres. Celui d’aujourd’hui a depuis longtemps percé à jour les inégalités de ce monde. Un homme seul est un animal, un groupe d’hommes s’appelle une civilisation. Un homme seul qui tue son prochain est un criminel ; cent mille hommes, un pays entier, qui se précipitent chez d’autres hommes pour les tuer par millions, ça relève de quoi ? C’est donc ça le ressort caché de la civilisation ! Qu’est-ce-qu’un artiste ? Ceux qui conduisent les autres à toutes sortes d’actions méprisables sont précisément ceux qui maintenant revêtent le gilet pare-balles de l’art. Qu’est ce que l’originalité ? C’est l’autre mot pour égoïsme. Je vois ces gens et ces actes honteux, et j’en fais moi-même partie. N’est-ce pas risible ?
    Je me considère aujourd’hui comme apaisé. Les cendres balayées, j’ai compris le sens de ma vie présente. Celui que je suis maintenant n’élève plus les chats ; parfois, lorsque je tombe sur les photos de mes anciens chats, il m’arrive de penser à eux. Il y a longtemps que je ne suis pas sorti, très longtemps que je ne me suis pas fait beau pour un rendez-vous. Ces amis lointains, il semble que je n’ai jamais le temps de renouer avec eux. A l’occasion j’envoie une courte lettre, quelques phrases sèches sans saveur ; je ne sais pas si nous avons encore la même importance les uns pour les autres.
    Autrefois, je voulais faire plein de choses ; maintenant, mon cœur est déjà flétri, je commence à voir clair dans mes propres désirs. Je voudrais tout dire à mes propres amis, leur dire toute la vérité sur la vie. Voilà la force qui me pousse à continuer la BD, c’est aussi simple que ça. J’ai mûri très tard et j’ai toujours le temps de mettre en dessin ce que j’ai sur le cœur.
    Je ne suis pas encore capable de décider de ma propre vie ; heureusement le destin m’a donné de nombreux amis. L’année dernière, après le SRAS, quand l’atelier a été dissous, je n’avais nulle part ou habiter. Par chance, Xiao Jun m’a hébergé, a vidé sa propre maison pour que je l’habite, lui-même filant au Shandong pour exploiter une nouvelle entreprise. C’est ainsi que, avec un honnête sans-gène, j’y ai vécu toute une année, usant son lecteur DVD jusqu’à le détraquer, fumant et jetant des détritus sur son magnifique plancher, jusqu’à en brûler un coin avec de l’encens anti-moustique. Xiao Jun l’a su, mais il a tout supporté gentiment ! Il m’a même téléphoné pour me demander si j’avais besoin d’argent, comme s’il était obligé de la faire, comme si c’était son devoir. Ce vieux frère, dans une vie précédente, sûr qu’il devait m’être sacrément débiteur ! Hé, hé !
    Pour ce qui est des canailles, il a fallu deux ans aux deux connards d’une boîte de pub pour payer leurs dettes à notre atelier. Au fur et à mesure du développement économique du pays, les gens deviennent plus préoccupés par l’argent que par leur honneur. Avec eux, la morale et l’esprit civique sont inopérants. Ici, il faut une chanson : « Envers mes amis, il faut une douceur pareille au vent de printemps ; envers les connards, une dureté pareille à la lame du couteau ! »
    L’inculte que je suis se lance dans l’écriture de roman. Marrant non ? C’est la vie, pleine de détours incompréhensibles ! Ecrire un roman était un rêve de maman. Aujourd’hui son fils a l’occasion de le réaliser à sa place. J’ai choyé cette opportunité comme un trésor précieux, mais le roman achevé, mon impression à sa lecture fut catastrophique. Je ne comprends pas. Ces expériences vécues, qui au début m’ont tellement touché, pourquoi, dans le roman, me paraissent-elles aussi bancales ? C’est très triste. Mille pensées en cendres envolées. J’ai presque songé à laisser tomber. Lors d’une réunion au mois d’août, j’ai rencontré l’ami Xue Liang. Rencontre hélas si tardive ! C’est ainsi que, très anxieux, je lui ai raconté l’histoire de mon roman. Etonnamment, Xue Liang aima beaucoup, ce qui réveilla mon ardeur. Peut-être que ces choses ont encore une valeur. Au pire, ces histoires pourront devenir une bande dessinée.
    Comme ça, je peux peut-être commencer un feuilleton, non ? Considérant l’esprit dont je faisais preuve auparavant dans l’écriture, qui rendait les gens très confiants, tout le monde pronostiquait une sortie en retard du manuscrit, au point de m’inquiéter moi-même. Si tu veux manger de ce pain là, corrige toi-même tes erreurs.

    (1) Zhang Guorong est un comédien et chanteur.
    (2) Po Shu est un chanteur-compositeur.
    (3) Les F4 sont un groupe d’acteurs de cinéma.
    Prométhée
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    Benjamin Empty Re: Benjamin

    Message par Prométhée Lun 11 Sep - 2:21

    Le mot de l’éditeur (par TREE.Z)

    Pour commencer, mon étonnement n’est pas mince devant les phrases enjôleuses du début de la postface de Benjamin. Je voudrais savoir comment on peut galvauder le mot « grand » ; le plus effrayant est ce qualificatif… Dieu sait que je me suis éloignée du terme « petite jeune fille » depuis longtemps…
    Pour des raisons administratives, ce livre a été réalisé dans la hâte, les réglages préliminaires et le travail de rédaction ayant consommé presque tout mon temps, avec pour conséquence un manque de temps déplorable pour la fabrication. Le temps que j’ai consacré à la conception typographique, me vaudra probablement la peine de mort, quand le commandant Ben l’apprendra… !!!
    Les vieux lecteurs de Ben se souviennent sans doute encore de « One Day ». C’est mon premier livre en collaboration avec lui, à une époque où j’aurais encore presque cadré avec l’image de la « petite jeune fille ». En ce temps-là, notre collaboration se passait en gros de cette manière :
    « Camarade Zhang Lin, bonjour. Pour ça, j’ai reçu la documentation correspondante. Merci.
    -N’hésite pas, s’il y a un quelconque problème, rappelle- moi quand tu veux. »
    heureusement, il n’y eu pas de « quelconque problème », sur le fond, lors de la fabrication de « One Day ». C’est pourquoi, il n’y eut que cette unique coup de téléphone entre l’auteur et la rédaction. De ce fait, pour Ben comme pour moi, ce « Remember » est une collaboration au vrai sens du terme.
    Ce fut peut-être un vrai retour de l’enfant prodige, mais le Ben depuis toujours si difficile à servir fut cette fois imprévisiblement coopératif, malgré quelques rares récriminations du genre « je trouve que cette planche ne pose pas problème » ou « mais pourquoi tu n’as pas retenu ce dessin ? » ; pour l’essentiel, il a vraiment mené le travail à son terme selon mes préparatifs, avec persévérance et sérieux. Y compris quand, dans cette période si dure à vivre, j’ai sans raison exigé de lui qu’il aide à la rédaction de la préface d’ un nouvel auteur…
    « Personne n’est capable de voler. Personne n’est capable de se souvenir » a été amendé bon nombre de fois, les révisions des planches et la mise en couleur de « l’été de cette année-là », la page de couverture, ont été refaites plus de trois fois. En fait, le temps nous manquait, et ces va-et-vient ont tourmenté Ben et, finalement m’ont tourmentée aussi. Mon seul vœu, c’est de pouvoir présenter le meilleur à tout le monde. Il se peut que subsistent encore des regrets et des imperfections, mais tout ce que nous y avons investi, la sincérité de nos intentions, vous seuls pourrez le percevoir à la lecture de ce livre ; et cela, déjà, nous suffira.
    Je tiens a remercier Monsieur Ma RongCheng, des Editions Tian Xia, qui malgré ses milles occupations, a gentiment accepté d’écrire la préface de ce livre.
    Pour finir, je vous fais part d’une toute petite nouvelles : pour fêter la sortie de « Remember », une édition commémorative de « One day « , revisitée, va sortir, dans laquelle seront ajoutés de nouveaux textes et images. Prière de patienter.
    Prométhée
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    Benjamin Empty Re: Benjamin

    Message par Prométhée Mar 26 Sep - 2:12

    Je dirais que c’est un manhra (BD chinoise) à l’esthétique séduisante, à la structure intéressante, aux scénarios originaux, et aux écrits juvéniles.

    L’esthétique est certainement le facteur de séduction principal de cette BD, en effet Benjamin à une technique très particulière, il met la couleur au service de la lumière. Le résultat est surprenant et particulièrement jolie.

    La structure de la BD m’a particulièrement plu. Elle se compose d’une préface de l’éditeur, de deux histoires et de leurs postfaces, de trente deux illustrations chacune accompagné d’un texte succinct les concernant, d’une brève biographie, d’un bref essais de l’auteur, et d’une postface l’éditeur. Cette structure très complète et diverse, est très appréciable, ça apporte vraiment un plus.

    Les scénarios sont relativement intéressant, et courageux car loin d’être tout public. Une préférence pour ma part envers le premier scénario. A noté, que la technique de Benjamin se modifie en fonction des scénarios. Dans le premier qui traite essentiellement sur les problèmes de communication entre les personnages et sur la souffrance psychologique que cela génère pour chacun d’eux, l’ambiance chromatique est froide et le trait et relativement précis et net. Par contre dans le second qui porte sur une absence total de communication dût à la violence physique subit, elle même généré par la différence, l’ambiance chromatique devient sombre et le trait devient baveux, presque flou.

    Les écrits ont selon moi un apport certain, ils sont une introduction, un développement et une conclusion aux scénarios de la BD. Au niveau des illustrations, bien que très bref, il sont un complément à l’image. En ce qui concerne la biographie, il est toujours intéressant d’en savoir un peu sur l’auteur. Quand à l’essai, c’est là encore des renseignements supplémentaires sur l’auteur. Alors certes dans le cas précis, j’ai trouvé que les écrits pêchés un peu dans leurs contenus, ils m’ont paru juvéniles et relativement égocentrique, cependant je ne regrette en rien de les avoir lu, car ils m’ont apporté d’autres éléments que ce des BD.

    Au final, Remenber s’avère selon moi, être une bonne acquisition.


    Dernière édition par Prométhée le Dim 24 Déc - 13:18, édité 1 fois
    Mara
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    Benjamin Empty Re: Benjamin

    Message par Mara Mer 27 Sep - 20:22

    merci pour la présentation, Prom', je ne connaissais pas, et effectivement le graphisme me plait assez. (la deuxième planche particulièrement)
    je testerais volontiers.

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    Benjamin Empty Re: Benjamin

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